CRITIQUE RELIGIEUSE

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ANCETRE DU CHAPELET : LA CORDE A NOEUDS
CONF. EPOPEE DE GUILGAMESH

RELIGION DE MESOPOTAMIE UR, MYTHE DU DELUGE DE NOE : ICI
 
 

LIVRE SACRE DE LA RELIGION ASSYRIENNE, PERSE,
 ACHEMENIDE
ET EN GENERAL DE MESOPOTAMIE   
+ films video documentaires

"OUVRAGE DE ZOROASTRE"
TRADUCTION
D'ANQUETIL DUPERRON (1771)

Tome 1: ZEND AVESTA - (VENDIDAD SADE p 263)  
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 La première partie du Tome 1 
Relate le voyage entrepris par Anquetil en Inde pour obtenir ces
textes et comprend un appendice sur le Zend Avesta :
 ici  

Tome 2
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(cliquer sur l'image)


 

Autre TRADUCTION de L'AVESTA
par DARMESTETER de la collection des "sacred books of the  east" 
(helàs en anglais)
voir : ici

LE DENKARD
(helàs en anglais)
voir :
 ici


Lien vers des cours du 
COLLEGE DE FRANCE sur LE MAZDEISME ET LE LIVRE DE ZARATHOUSTRA 
(zoroastre) du professeur Jean Kellens : 
 ici et ici

 

la première partie du Tome 1 relate le voyage entrepris par Anquetil : ici  

                                  Autre version de :
                          L'AVESTA       
     

   CLIQUEZ SUR LE LIEN SUIVANT ET ALLER  PAGE 720

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4061349.r=.langFR


LE ZEND AVESTA, 

    Signifie "Parole vivante"         

  C'est le livre sacré de la religion de Zoroastre, le livre religieux du Mazdéisme

 L'AVESTA est composé de 5 livres :

       - LE VENDIDAD SADE : Base de la Loi

       - L'IZESCHNE               :  Recueil de prières 

       - LE VISPERED             :  Enumère les êtres principaux.

       - LE YESCHTE SADES :  Recueil de fragments

       - LE SIROZ                   :  Recueil de prières aux génies

 

   
IMPRESSIONS ET COMMENTAIRES :
          
          
  
Quelle tristesse, ils leurs faisaient croire, que les maladies, que tous les malheurs du monde venaient des "dews" : démons = diables, ils avaient mêmes trouvés un chefs incontesté pour tous ces démons "Haryman": Le chef des démons.

           Et ils faisaient croire aux "fidèles" qu'en étant bien obéissants, c'est a dire "purs", ils exorcisaient les démons. Le qualificatif de "pur" se rapportaient à tous les actes religieux obligatoires que le "croyant" devaient effécuter, ainsi en effectuant toutes les sempiternelles prières, .... etc... il se purifiait, en étant obéissant au roi, en sacrifiant etc... etc... 
           
          Mais l'obéissance tant clamée et réclamée s'obtenait effectivement en dehors de cet énorme conditionnement mental, par des sanctions, comme on en trouve dans la bible c'est a dire etre condamné a être "retranché du peuple", brulé vif, lapidé à mort, condamné a être empoisonné (avec l'eau bénite du temple. conf "la bible"), ou "herem" mot hebreu qui veut dire anatème = dévoué par interdit. 

          Le "fidèle" tel qu'il est représenté avec sa tenue d'esclave, etait réduit a cet esclavage, par des forces supèrieures, c'est a dire l'autorité du roi, l'armée, la police qui etait bien sur très religieuses elles aussi (mais légèrement mieux rémunérées elles).

           Bien si toutes ces  sanctions, ne sont pas bien montrées, c'etait le lot incontournable de ces époques antiques, ou les hommes, les fidèles étaient maintenus en Esclavage par les rois et les rois etaient des grands prêtres, en égypte, en Perse en Grece, a Rome, en Israël , Judée etc...
          
         La tenue du parsis, est la tenue de l'esclave, on voit dans les livres d'Anquetil, le soin qu'il faut prendre pour le Kosti (la ceinture du fidèle parsis), les noeuds, les prières etc.. les nombreuses répétitives prières, de toutes les heures, les esclaves et les sacrifices qu'ils etaient obligées de fournir aux autorités religieuses, vaux, vaches, moutons, qui etaient toutes leurs richesses ce que "ormusd" (Dieu)  demandaient soi disant pour que le "fidèle" soit "pur".

          C'etait un conditionnement de toutes les heures, ces prières nombreuses, le chapelet fait parti de l'atirail du Chretien et du musulman, mais c'est la même chose, ça sert à conditionner, a faire des prières en demandant sa rédemption, à prier et à prier encore, se lamenter, etc...pour oublier ou pour justifier sa condition d'esclaves, c'est Dieu qui le veut.  pour plaire à Ormusd, au roi, a qui j'appartient corps et âmes... toutes ces prières pour l'accomplissement du sacrifice, c'est à dire qui plait a Ormusd, qui plait au roi, qui plait a Dieu (il paraît que les sacrifices pouvaient aller jusqu'aux sacrifices humains... )

          Ho,
oui comme ça devait lui plaire les sacrifices à Dieu ? *  


          Aussi le croyant moderne, lit tout ça et ce qui apparait : c'est que : On soumettait on mattait pour obtenir la soumission, pour rendre l'obéissance" intuitive", c'etait le désir disent-ils de "Ormusd". de Dieu, Mais il n'y avait pas seulement les sempiternelles prières, il y avait aussi, le travail, le travail que le fidèle devait fournir, qui était un travail très contraignant puisqu'ils etaient des esclaves.


          Alors on se dit, "est-ce que Dieu, le juge juste et droit pouvait vouloir ça ? 

          C'etait simplement la loi du plus fort encore une fois, la loi, de la soumission et de la domination.

          Les humains ne pouvaient être que conditionnés et même ce conditionnement forcé pouvaient les inciter à se rebeller fortement  contre cette "pseudo-religion", Mais fallait-il encore qu'ils puissent encore faire entendre leur voix, se rebeller ?  
          C'est pourquoi tout au long de l'histoire de ces religions antiques, on ne parle que de rebellion de la part des "fidèles".

          Mais que dire ? A part que ces dirigeants religieux rois et autres étaient simplement "monstrueux".

          Ils avaient remplacés Dieu, par une autorité "humaine" puissante et extrèmement violente : la tyrannie.

          Que leur rêgne s'établissaient tout au long au travers de ces religions, en sapant le moral des humains, les   conditionnant de la manière la plus abjecte, et que ces conditionnements religieux sont encore présents dans nos religions (chretiennes, musulmanes et judaiques, puisque la religion de Zoroastre est une des bases du judaisme)et nos sociétés d'Aujourd'hui.


Quelques exemples : trouvés dans ce livre de piété ou d'obéissance :

extrait du Tome 1, partie 2


p 115 :            "Je vous livre mon corps, O Hom pur et principe de pureté"

p 116      " Je suis avec celui qui est obéissant, je ne suis pas avec celui qui est désobéissant"


p 126 :                   " Je ne m'inquiète ni de mon corps, ni de mon âme, (je les sacrifie à la loi) "



           Ca ressemble terriblement à ça : "Si vous avez un problême, prenez votre chapelet priez et vous verrez tous vos problêmes vons se dissoudre".

 


FILMS VIDEO- IL ETAIT UNE FOIS LA MESOPOTAMIE
VIDEO en ligne

Cliquer sur l'image

- PERSEPOLIS : L'EMPIRE PERSE REVELE
   
   

 (cliquez sur l'image)
Berceau des civilisations, la civilisation mesopotamienne, mesopotamie qui signiefie entre les les deux fleuves, le Tigre et l'Euphrate. Documentaire sur l'invasion Perse en Mesopotamie, Darius, le code Hammurabi, naissance de l'ecriture cunéiforme.

- B... COMME BABYLONE  

site archéologique archéologie biblique tablette cunéiforme babylone code amurabi
(cliquez sur l'image)

            -  CIVILISATION DE L'INDUS
 

 (cliquez sur l'image)
VIDEO Civilisation de la vallée de l'indus, cité antique de Harappa, site archéologique de mohenjo daro, cité Dhola vira, ressemblances flagrantes (à mon gout, mais pas du M. du Cnrs) avec les sites de mesopotamie et le zoroastrisme. 
   


- SITE DE TRADUCTIONS
 DE TRES NOMBREUX TEXTES DU ZOROASTRISME
ET DE LA LITTERATURE MESOPOTAMIENNE (en general)
Tres Important et interessant site de traduction D'une importante

partie de la litterature mesopotamienne 
LIVIUS : ICI
 

 

-  CODE HAMMURABI : ici Traduction EN FRANCAIS

Ancien textes de lois des civilisations antiques de Mesopotamie, ou se trouve UR (Cité d'Abraham)
          

 

 
UR, ABRAHAM
TRADUCTIONS DES TABLETTES CUNEIFORMES DE MESOPOTAMIE
CODE HAMMURABI, EPOPEE DE GUILGAMESHMYTHE ATRAHASIS du DELUGE 
 

-  MYTHE DE L'ATRAHASIS 
 


TABLETTE relatant l'épopée de Atrahasis
British Muséum


Traduction de  la tablette en ecriture cunéiforme du Mythe du DELUGE MESOPOTAMIEN ressemblances avec le DELUGE DE NOE 

 

 

     Les hommes créés par ENKI et NINTU pouvaient vivre 25.000 ans. 250.000 ans plus tard, huit rois des hommes s'étaient succédés. Les hommes étaient prospères, ils avaient étendu leur territoire, ils s'étaient multipliés. Mais le bruit de leurs activités, de leur agitation, de leurs guerres, de leurs fêtes, en un mot leur tapage finit par atteindre... même les cieux.

     Lors du Conseil des Grands Dieux ENLIL dit : « La rumeur des humains est devenue trop forte. A cause de leur tapage continuel je n'arrive plus à dormir. Nous leur avons déjà envoyé maladies, fièvres, épidémies et pestilences pour les décimer, mais très vite ils se sont à nouveau multipliés. Nous leur avons envoyé sécheresse, famines et autres fléaux sans plus de résultat. A chaque fois d'ailleurs, ENKI le prince les a aidés à s'en sortir. Maintenant il faut en finir une fois pour toute et envoyer sur les hommes le Déluge afin qu'il n'en reste pas un. » ENKI pris la parole : « J'ai créé l'homme dans l'intérêt des dieux, ne me demandez pas d'approuver un tel cataclysme. Comment pourrais-je porter la main sur mes créatures ! »

    Les dieux ayant malgré tout pris la décision finale, ENKI en songe, prévint ATRAHASIS, le Supersage, un homme de bien qui avait toujours mérité sa confiance. " ATRAHASIS, jette à bas ta maison, détourne-toi de tes biens pour te sauver la vie . Construit un grand bateau selon l'épure que j'ai tracée sur le sol. Cette embarcation aura forme équilatérale de 60 mètres de coté. Le bateau sera entièrement clos et toituré solidement. Que son calfatage soit épais et résistant. Tu appelleras ton vaisseau Sauve -Vie. Après y avoir chargé ton froment, tes biens, tes richesses, embarques-y ta femme, ta famille, ta parenté et tes ouvriers ainsi que des animaux sauvages, grands et petits, et des oiseaux du ciel ». Supersage n'avait que 7 jours pour construire Sauve-Vie.

    Les siens et les animaux venaient juste d'embarquer quand un vent furieux rompit les amarres et libéra le bateau. Alors le soubassement de la terre se décolla. Les étoiles elles-mêmes furent déplacées. De profondes ténèbres cachèrent le soleil. Le fracas du Déluge épouvanta les dieux eux-mêmes, pourtant tous réfugiés en la demeure céleste d 'ANOU. ENKI blême de colère vit ses enfants emportés par les eaux. NINTU la déesse mère éclata en sanglots :" Comment ai-je pu dans l'assemblée des dieux laisser prendre cette décision finale ? C'est ENLIL qui par un discours habile, a rendu vaines mes paroles ".

     Au bout de 7 jours, le vent se calma, le bateau cessa d'être ballotté. Supersage lâcha une colombe, elle revint, ne sachant où se poser. Il lâcha une hirondelle qui revint également. Enfin il lâcha un corbeau qui ne revint pas. Alors Supersage lâcha tous les oiseaux. Lorsque les eaux se furent retirées du haut de la montagne, Supersage débarqua et prépara un banquet à la gloire d'ENKI, le dieu ingénieux qui l'avait sauvé. L'odeur de la bonne chère attira également les grands dieux, qui, en l'absence des hommes, n'avaient ni bu ni mangé pendant tout ce temps. On peut supposer qu'ils n'en avaient pas vraiment besoin pour vivre, mais que ça leur manquait quand même. ENLIL voyant alors le bateau, entre en colère : « Nous les grands dieux nous avions prêté serment, d'où vient alors qu'un homme ait échappé à la destruction ? ». ENKI : " Oui, j'ai fait cela contre votre volonté à tous, j'ai sauvé ATRAHASIS. Calme-toi ENLIL, si tu as pu manger et te régaler, c'est bien grâce à cet homme. Grâce à lui la race humaine peut être sauvée".

     NINTU la déesse mère prit alors la parole : « ENLIL, tes solutions sont trop définitives. Trouvons un moyen terme. Afin que la descendance de Supersage ne perturbe plus les dieux, ENKI l'ingénieux doit bien avoir une solution ". ENKI : " O ! Divine Matrice, nous avons donné aux hommes presque l'immortalité, c'était inconsidéré. Toi MAMMI, qui arrête les destins, impose donc aux hommes la mort pour qu'un équilibre s'installe. Afin que chez eux, outre les femmes fécondes, il y ait maintenant les infécondes, afin que chez eux sévisse la Démone Eteigneuse pour ravir les bébés aux genoux de leurs mères ". ENLIL approuva : " C'est entendu. Ce fut une erreur de vouloir les exterminer. Mais que les hommes ne vivent pas au delà de 120 années, afin qu'ils ne puissent jamais percer à jour nos connaissances. Ainsi, ils ne seront plus une menace pour nous ! Veillons à ce que les hommes ne s'installent jamais dans l'allégresse.Surveillons de près leur prolifération, leur prospérité et leur joie de vivre. C'est pour cela, Que chez les hommes un temps de malheur succede toujours à une ère de bien être".

Traduction J. BOTTERO et S.N KRAMER  
 
Autres mythes : ici
(petits résumés à partir du recueil
de traductions de l'assyrologue Bottero :"Quand Les Dieux faisaient Les Hommes")
 
 
Extrait de la

TRADUCTION DES TABLETTES CUNEIFORMES
 
Par  LES  ASSYRIOLOGUES J. Bottero et S.N. Kramer :

"LORSQUE LES DIEUX FAISAIENT L'HOMME"
Lorsque les dieux faisaient l'homme

 
          On trouvera ici, pour la première fois rassemblés, traduits et dûment éclairés par deux éminents spécialistes, la cinquantaine de mythes sauvés du naufrage de la civilisation mésopotamienne
CINQUANTE MYTHES RELIGIEUX
DE LA RELIGION ANTIQUE D'UR.

suite de la description du livre "LORSQUE LES DIEUX FAISAIENT LES HOMMES" : ICI 




Dans ce panthéon sacré était dissimulé un coffre de cuivre, verrouillé par une serrure de bronze. Il renfermait, à l'intérieur d'un tiroir secret, une tablette de lazulite. Sur cette pierre était gravée l'Épopée de Gilgamesh, le bâtisseur de cette citadelle, celui qui a surmonté toutes les épreuves. Revenu de ses lointains voyages, exténué mais apaisé, il confia à cette pierre ses exploits.

Voici celui qui a tout vu, exploré la Terre entière, pénétré chaque chose. Sage parmi les sages, il a percé tous les secrets, dévoilé tous les mystères.

Il a ouvert le chemin vers les montagnes, creusé des puits sur les pentes les plus inaccessibles, traversé le vaste océan jusqu'à l'endroit d'où surgit le Soleil. Il a exploré l'univers à la recherche de la vie éternelle, atteint avec courage les limites de ce monde.

Il a restauré les sanctuaires ravagés par le Déluge, et permis aux peuples de retrouver leurs rites religieux. Monarque prestigieux, fils héroïque de la cité d'Uruk, il est le buffle aux cornes menaçantes.

Marchant parfois à la tête de ses sujets, il a su les guider, mais il savait aussi les suivre pour les protéger. Il était à la fois la digue puissante gardant ses troupes et le violent raz-de-marée détruisant les murs de pierre.

Tel était Gilgamesh, fils de Lugalbanda et de Ninsuna la Bufflesse, être éblouissant à la force supérieure. Devenu le jeune prince d'Uruk, il abusa de sa puissance. Personne, parmi la multitude des hommes, ne pouvait se dire son égal. Sa souveraineté était sans partage au point qu'un jour il proclama :

- Le roi c'est moi. Je suis l'Unique !

Humain pour un tiers, aux deux tiers divin, son corps avait des proportions gigantesques. C'est Aruru la Sublime, déesse qui créa l'humanité, qui l'avait esquissé. Enki-Ea, maître des Arts, paracheva sa stature élancée. Tout en lui resplendissait et sa prestance était superbe.

Débordé par sa vigueur excessive, il sillonnait Uruk, tête haute, comme un animal féroce, faisant étalage de sa force. Il opprimait les guerriers de la cité tel un tyran. Même les plus braves tremblaient en secret.

Une rumeur se répandit dans tout le pays :

- Gilgamesh ne laisse pas un fils à son père ; de jour comme de nuit, il peut faire irruption dans leur chambre et se déchaîner contre eux. Gilgamesh ne laisse pas une adolescente à sa mère, qu'elle soit fille de guerrier ou déjà promise. Aussi glorieux, sagace et averti qu'il puisse être et bien qu'il soit notre guide, Gilgamesh est incapable de maîtriser sa vigueur ; il est insatiable !

À force d'entendre les plaintes du peuple d'Uruk, les dieux célestes finirent par se lasser et décidèrent de faire appel à leur propre créateur : Anu, le père des dieux et le seigneur de la cité.

- N'est-ce pas toi, Anu, qui as hissé sur le trône Gilgamesh, cet animal à l'arrogance sans pareille ?

Ils lui rapportèrent les reproches faits par les habitants d'Uruk à leur souverain. Tant et si bien qu'Anu finit par admettre leurs doléances. Les dieux célestes cherchèrent une solution et lorsqu'ils l'eurent trouvée, ils se retournèrent vers Aruru la Sublime pour qu'elle la mette en œuvre.

- Grande Aruru, toi qui as conçu l'humanité, crée maintenant un autre homme en suivant le modèle de l'ouragan imaginé par Anu. Qu'il soit l'égal de Gilgamesh et se mesure à sa fougue. Qu'ils s'empoignent tous les deux et qu'ainsi Uruk retrouve sa quiétude.

Aruru entendit la requête et appliqua ce qu'Anu lui avait prescrit. Après s'être lavé les mains, elle prit un bloc d'argile, et le déposa au milieu de la steppe.

C'est ainsi que fut créé Enkidu le Valeureux, mis au monde dans la solitude, à la musculature aussi dense qu'un météore. Le corps abondamment velu, il avait la chevelure d'une femme aux boucles foisonnantes comme un champ de seigle.

Ne connaissant personne, il vivait à l'état sauvage, en compagnie des gazelles, et broutait les feuillages. Il suivait sa horde, fréquentait les points d'eau, se désaltérant avec les bêtes.

Un jour, un chasseur poseur de pièges l'aperçut aux abords d'une mare. Une première fois, une autre fois, puis une troisième.

Dès qu'il le vit, le chasseur fut médusé. Stupéfait devant cette vision, le cœur serré, le visage saisi par l'inquiétude, il perdit brutalement la parole. Il en garda l'expression de celui qui revient de loin et resta muet des jours durant. Puis, ayant surmonté sa frayeur et retrouvé le langage, il se confia à son père :

- Mon père, il y a un colosse dans la steppe. C'est le plus fort et le plus vigoureux qu'il me fut donné de rencontrer. Sa musculature est un bloc venu du Ciel. J'en ai eu si peur que je n'ai osé l'approcher. Ce géant a comblé les trappes que j'avais moi-même creusées, arraché les filets que j'avais tendus et détourné le gros et le menu gibier. Père, il ne me laisse plus chasser dans la steppe !

Son père lui répondit :

- Mon fils, sache que Gilgamesh a la certitude que personne n'est plus fort que lui. Alors, fais ce que je te dis : va le trouver, va à Uruk, et dis-lui qu'un autre humain peut rivaliser avec lui. Apprenant cela, je te prédis que l'idée lui viendra de te donner sa courtisane. Emmène-la avec toi à la chasse et vante-lui la robustesse de ce gaillard. Lorsque la horde arrivera au point d'eau, la fille de joie ôtera ses vêtements et dévoilera ses charmes. Quand il la verra ainsi, il ne pourra s'empêcher de se jeter sur elle. Sa horde familière découvrira alors sa nature humaine et lui tournera le dos.

Le chasseur suivit les conseils de son père. Il entra dans Uruk, s'en fut trouver Gilgamesh et lui dit les mots que son père avait prescrits. Le souverain lui répondit comme prévu :

- Va, chasseur, et emmène avec toi ma courtisane.

Le chasseur partit, emmenant avec lui celle qu'on appelait La Joyeuse. Ils prirent la route et, après trois jours de marche, arrivèrent au but.

Ils s'installèrent dans un endroit où ils ne seraient pas vus et restèrent là, près de l'eau, à attendre. Un jour. Deux jours. Puis la horde arriva pour s'abreuver.

Enkidu, fils du désert, broutait en compagnie des gazelles. La courtisane vit cet être humain sauvage, cette redoutable créature. Le chasseur lui dit :

- Le voilà ! Dénude-toi. Dévoile-lui tes charmes afin qu'il découvre le plaisir d'un humain. Lorsqu'il te verra ainsi, il ne pourra se retenir et se jettera sur toi. Laisse alors choir tes vêtements pour qu'il s'allonge sur ton corps et fais-lui découvrir, à ce sauvage, ce qu'une femme sait faire. N'aie pas crainte de l'épuiser. Alors, le voyant te caresser, sa horde se retournera contre lui.

Et la fille de joie d'écarter ses voiles et de découvrir l'intimité de son corps. Quand elle se fut dénudée, la prophétie s'accomplit : six jours et sept nuits, Enkidu, en rut, fit l'amour à la courtisane. Puis, ivre du plaisir qu'elle lui avait donné, il décida de rejoindre sa meute.

Mais à sa vue les gazelles s'enfuirent, les bêtes sauvages s'écartèrent de lui. Il voulut s'élancer, mais son corps était vidé de ses forces. Ses genoux trop engourdis, il ne pouvait plus suivre les bêtes dans leur course.


Enkidu était affaibli, mais il avait mûri et avait acquis l'intelligence. Aussi, revenu s'asseoir aux pieds de la courtisane, les yeux rivés sur son visage, il découvrit qu'il était désormais capable de comprendre le langage des humains. Tout ce qu'elle lui disait, il le comprenait :

- Enkidu, tu es si beau, tu ressembles à un dieu. Pourquoi galoper dans la steppe avec les bêtes ? Laisse-moi t'emmener à Uruk en la sainte demeure d'Ishtar, là où se trouve Gilgamesh qui, pareil au taureau, peut vaincre les plus vaillants.

Devenu clairvoyant, il pressentit, à travers ces paroles, qu'il pourrait, en rencontrant l'homme dont elle lui parlait, découvrir aussi l'amitié. Il acquiesça et, devenu maître de ses mots, il s'adressa ainsi à La Joyeuse :

- Allons ! Conduis-moi jusqu'à la demeure de Gilgamesh. Je me mesurerai à lui. La lutte sera sans doute sévère, mais je le vaincrai et pourrai proclamer dans tout Uruk : « Le plus puissant, c'est moi ! » Le natif des steppes que je suis sera reconnu comme le plus fort et le plus puissant ! Je pourrai alors changer le cours des choses dans cette cité.

- Viens, dit la courtisane, allons retrouver Gilgamesh en personne. Je te le montrerai car je sais où il se trouve. Enkidu ! Viens avec moi à Uruk, la ville où chaque jour on fait la fête, où ne cessent de retentir les tambours, où les filles de joie lascives, aux cris voluptueux, voient les plus hauts personnages quitter leur couche nocturne pour leur beauté étincelante. Toi, Enkidu, qui ne savais pas vivre, je te montrerai Gilgamesh, cet homme inébranlable. Face à lui, tu verras comme son corps est parfait, comme il a de la prestance et respire la séduction. Tout, en lui, sur toi l'emporte. Sa vigueur est infatigable, il l'exerce sans relâche, jour et nuit ! Enkidu, mets ta hargne de côté. Samash, le dieu du Soleil, a pris Gilgamesh en affection, et Anu, Enlil et Ea ont démultiplié son intelligence. C'est un devin : avant même que tu sois arrivé jusqu'à lui, il t'a vu en songe et, à peine sorti de son sommeil, il s'est adressé à sa mère pour lui raconter son rêve.

Voici le récit qu'il fit à sa mère :

- Ma mère, je voudrais te raconter le rêve que j'ai fait cette nuit. Tandis que m'entouraient les étoiles célestes, un bloc venu du Ciel est tombé près de moi. J'ai voulu le soulever, mais il était trop lourd. Je tentai de le déplacer, mais je n'y parvins pas. Le peuple s'était rassemblé, la foule se pressait autour de lui. Tous se bousculaient pour le voir et lui baisaient les orteils comme à un nouveau-né. Et moi je le caressais comme une épouse. Puis je l'ai déposé à tes pieds, et toi, tu l'as traité comme un autre moi-même !

Sage et avisée, Ninsuna interpréta le rêve de son fils :

- Gilgamesh, les étoiles célestes sont ton escorte. Ce bloc tombé du Ciel, trop lourd pour toi et que tu as déposé à mes pieds, signifie que tu vas rencontrer un compagnon puissant et qui te sera secourable. Que tu l'aies caressé comme une épouse veut dire que lui, au moins, ne t'abandonnera jamais ! Ton rêve est excellent, Gilgamesh, et du meilleur augure !

Le lendemain, replongeant dans le sommeil, il fit un second rêve. À peine réveillé, il s'empressa de le conter à sa mère :

- Ma mère, voici que j'ai fait un autre songe. J'arpentais les carrefours d'Uruk, le nez au vent, lorsque je vis la foule se presser devant un objet. C'était, cette fois-ci, une hachette à l'aspect singulier. Les jeunes gens se rassemblaient devant elle. Elle me plut et l'ayant prise, je la plaçai à mon côté, comme la portent les guerriers. Je l'aimais elle aussi et je la caressais comme une épouse. Je la déposai à tes pieds et tu la traitas comme mon égale.

Compatissante, Ninsuna la Bufflesse, savante et perspicace, lui dit :

- Mon fils, la hache que tu as vue, c'est un homme, un camarade. Il va t'arriver un compagnon qui sera ton égal, un être puissant et qui te sera d'un grand secours.

Il lui répondit :

- Pouvais-je rêver qu'il m'arrive une telle chance ! D'avoir pour moi un si grand conseiller et qui en plus deviendra mon ami !

Tels furent les rêves que Gilgamesh confia à sa mère. Ceux-là mêmes que la fille de joie rapportait à Enkidu tandis qu'au bord de l'eau ils prolongeaient leurs caresses. Elle tenta de lui faire oublier son désert natal et l'exhorta à la suivre dans la grande ville, à la rencontre de Gilgamesh.

- Viens, lève-toi, quitte ce sol où dorment les bergers. Tu verras, tu l'aimeras comme un autre toi-même.

Les conseils de la fille de joie pénétrèrent son esprit. Il obtempéra. Comme toutes les femmes de la région, elle portait deux vêtements. Elle lui donna l'un d'eux pour qu'il n'aille pas nu et se revêtit de l'autre. Elle le prit par la main comme un enfant et le conduisit vers une hutte où vivaient des bergers. Aussitôt ils s'attroupèrent autour de lui et, en chœur, s'exclamèrent :

- Comme il ressemble à Gilgamesh ! Même stature, même taille ! N'est-ce pas Enkidu, le natif du désert, celui qui ne se nourrit que de l'herbe printanière et du lait des bêtes sauvages qu'il a coutume de téter ?

Ils lui proposèrent du pain et de la bière. Enkidu les regarda, méfiant, et refusa d'y goûter. La courtisane lui dit :

- Pour vivre avec les humains, Enkidu, il faut que tu manges ce pain. Et cette bière, il faut la boire, c'est l'usage ici.

Il mangea le pain et but sept chopes de bière. Le coeur joyeux, l'âme en liesse, son visage s'illumina. Avec de l'eau, il nettoya son corps velu, le frictionna avec de l'onguent. Il commençait à ressembler à un homme. Lorsqu'il s'habilla, on eût dit un jeune marié.

Après avoir surmonté ses répulsions et s'être accoutumé à sa nouvelle vie, il voulut se rendre utile. II devint le berger des pâtres, protégeant leur sommeil. La nuit, il mettait les loups en pièces et attaquait les lions. Ils pouvaient dormir tranquilles, ils avaient trouvé en lui un gardien d'une vigilance sans pareille.

Enkidu vivait ainsi, heureux de sa nouvelle condition, mais un jour, levant les yeux, il aperçut un homme.

- La Joyeuse, qui est cet homme, que fait-il ici ?

La courtisane l'appela, il vint vers Enkidu qui lui demanda :

- Où cours-tu ainsi, jeune homme, où te mène ton chemin ?
Il lui répondit :

- Chargé de victuailles, je me rends à une noce à laquelle je suis invité. Je déposerai ces nourritures succulentes sur la grande table de fête. Ayant fait cette offrande, je pourrai participer à la cérémonie. La coutume veut que la future épouse soit d'abord fécondée par Gilgamesh, puis, mais seulement ensuite, par son futur mari. C'est l'usage, le conseil des dieux en a décidé ainsi pour toutes les femmes dès leur naissance. Tel est leur destin, et tel est le privilège du souverain.

À ce discours Enkidu pâlit de colère, et décida d'empêcher que ce rituel puisse avoir lieu. La courtisane lui dit :

- Au lieu de rester sur place à te laisser envahir par ton emportement, viens plutôt à Uruk pour le laisser éclater.

Pendant ce temps, la cérémonie pour les noces était prête à commencer, et un lit avait été préparé pour la déesse afin qu'elle préside à l'union de Gilgamesh et de la jeune fiancée.
Dans Uruk, les sacrifices se succédaient et les jeunes gens s'abandonnaient à la luxure. La rumeur de l'arrivée d'un homme venu pour empêcher le rituel s'était déjà répandue.
Enkidu entra dans la ville, suivi par la courtisane. La foule se rassembla autour de lui, les habitants palabraient sur son compte :

- Comme il ressemble à Gilgamesh, surtout de profil ! Il est plus petit par son ossature, mais sa musculature est aussi vigoureusement charpentée. Cela est dû à son lieu de naissance, il devait brouter les herbages printaniers et téter le lait des bêtes sauvages. Bien qu'il soit comme un dieu, Gilgamesh a donc désormais un double.

Au moment où le souverain voulut se rendre à la cérémonie de noce, Enkidu s'immobilisa dans la rue et lui barra la route. De toutes ses forces, il s'élança contre Gilgamesh, bloquant la porte de son pied, et empêcha le souverain d'entrer. Le combat commença, ils s'empoignèrent comme des athlètes, s'arc-boutant tels des taureaux. Dans la lutte, ils démolirent le seuil, arrachèrent les jambages et firent trembler les murs. Au bout d'un moment, Gilgamesh fut immobilisé et mit un genou à terre, sa colère retomba et il céda devant son adversaire.

Alors Enkidu lui dit :


C'est un être d'exception que ta mère, Ninsuna la Bufflesse, a mis au monde. On a élevé ta tête au-dessus de celles des autres hommes, même de ceux qu'on s'apprête à marier. Enlil t'a assigné la royauté sur tous les peuples.

Le monarque, ayant entendu ces paroles, comprit qu'il s'agissait du compagnon qui lui avait été annoncé dans ses rêves. Il proposa à Enkidu un pacte d'amitié et décida de le présenter à sa mère.

Ninsuna la Bufflesse le reçut et dit à son fils :

J'ai appris qu'Enkidu s'était plaint amèrement de ta conduite et qu'il t'avait affronté.

- C'est vrai, lui répondit-il. Debout devant la porte de la maison nuptiale, il s'est interposé, m'empêchant d'y entrer. Devant mon peuple, il s'est plaint, avec aigreur, de ma conduite. Mais il faut savoir que l'homme qui est ici devant toi, Enkidu, n'a eu ni père ni mère. Regarde sa chevelure, elle flotte librement sur ses épaules. Mis au monde dans la steppe, nul ne l'a élevé. Mais regarde-le bien, cet homme est un délice, mère, accueille-le avec bienveillance.

Enkidu, qui assistait, immobile, à ce dialogue, fut saisi et ému. Son cœur envahi par le chagrin, ses yeux emplis de larmes, les bras sans force, toute vigueur l'ayant abandonné, il se sentit brusquement abattu. Alors Gilgamesh, se penchant vers son nouvel ami, lui demanda :

- Pourquoi tes yeux se remplissent-ils de larmes, pour quelle raison ton cœur est-il serré par le chagrin, et toi si abattu ?

- À force de me lamenter, mon ami, ma nuque est devenue toute raide, mes bras sont sans force et ma vigueur anéantie.

Alors leurs mains se rejoignirent et ils s'enlacèrent. Ayant découvert dans quel état de détresse était plongé celui qu'il considérait désormais comme un frère, Gilgamesh tenta de lui redonner des forces en lui proposant de réaliser ensemble un exploit :

Si les enfants ont été mis au monde, ce n'est pas pour rester inactifs. Enkidu, partons ensemble jusqu'à la forêt de Cèdres, ce lieu mystérieux interdit aux humains. C'est là que demeure Humbaba, l'Ogre chargé par les dieux des Tempêtes d'en être le gardien féroce. Toi et moi, nous irons là-bas, nous couperons les cèdres pour pénétrer dans la forêt et nous abattrons cet être funeste, le rayant de la surface de la Terre.

Mais Enkidu, toujours abattu, lui répondit :

- Aller trouver Humbaba et le vaincre, hélas mon ami, c'est impossible. Lorsque je vivais dans le désert, j'ai appris que le périmètre de la forêt de Cèdres s'étend sur près de six cents kilomètres ! Qui pourrait y pénétrer ? Il nous faudrait d'abord triompher du monstre qui en est le gardien. Humbaba ! Lorsqu'il hurle, c'est le Déluge ! Sa bouche, c'est le feu ! Son souffle, c'est la mort ! Pourquoi te mettre en tête pareille entreprise ? C'est un combat perdu d'avance.

Gilgamesh insista :

- Je veux quand même escalader la montagne et me rendre dans cette forêt.

- Comment pourrions-nous vaincre cette forêt ? répliqua Enkidu. Elle est placée sous la surveillance de ces dieux redoutables, Wer et Adad, qui ne dorment jamais, règnent sur les tempêtes, les orages, et ont désigné Humbaba pour la défendre. Enlil lui a donné pour remplir sa mission de terribles armes : les Sept Effrois, rayons lumineux foudroyants. Ces fulgurances magiques le rendent invincible.

Gilgamesh lui répondit :

- Qui donc peut atteindre le Ciel, où seuls les dieux disposent de l'éternité ? Les hommes, eux, ont leurs jours comptés, tout ce qu'ils font n'est que du vent ! Et toi, tu crains de mourir, mais qu'est devenu ton courage ? J'avancerai donc en tête, suis-moi et contente-toi de crier : « En avant, n'aie pas peur ! » Si je succombe, du moins me serai-je fait un nom ! On dira de moi : « Gilgamesh a engagé la lutte contre Humbaba le Féroce. » Toi qui es né et as grandi dans la steppe, toi que les lions ont assailli, tu dois le comprendre. Tu as parlé avec tant de faiblesse que tu m'as fait de la peine, mais quoi qu'il en soit, j'ai décidé d'aller couper les cèdres et de me faire ainsi un renom éternel. Allons, Enkidu, suis-moi à la forge et demandons aux artisans de couler nos armes.

Après s'être concertés, les artisans forgerons décidèrent de créer des armes à la mesure de ces géants. Ils coulèrent des haches et des cognées de soixante kilos chacune, des épées et des baudriers du même poids. Les deux hommes porteraient trois cents kilos d'armes chacun.

Gilgamesh s'adressa alors aux jeunes guerriers d'Uruk pour annoncer à tous son projet :

- Je me sens assez fort pour affronter ce combat incertain. Souhaitez-moi bonne route. Je serai de retour pour la fête du Nouvel An et j'entrerai dans Uruk par la grande porte. La fête de l'Akitu ne peut se célébrer qu'en ma présence. N'ayez crainte, je reviendrai à temps pour mener le cortège vers la chapelle de l'Akitu, accompagné par la musique et les cris de joie.

Devant l'excitation des jeunes guerriers et l'enthousiasme populaire, Enkidu ne savait plus comment calmer Gilgamesh. Inquiet, il alla demander aux Anciens de retenir son ami :

- Les jeunes gens d'Uruk l'encouragent, mais vous qui détenez la sagesse, dites-lui de ne pas se rendre dans cette forêt. Cette expédition est de la folie. Gilgamesh n'est qu'un homme, alors que celui qui est chargé par les dieux de la défendre est un monstre sans pitié.

Les Anciens mirent en garde le souverain :

- Tu es jeune, Gilgamesh, et tu te laisses déborder par ta fougue ! Comprends-tu seulement ce dont tu parles ? Quelle légèreté ! Un papillon t'aurait-il donné le jour ? Sais-tu seulement qui est Humbaba ? Lorsqu'il crie, l'épouvante te saisit ! De sa bouche jaillit un feu mortel ! Son visage est terrible et monstrueux, ses yeux énormes et saillants, son nez camus et, autour de sa bouche, une barbe sinueuse lui donne un air terrifiant. Il perçoit le moindre bruit de la forêt sur six cents kilomètres ! Qui donc pourrait y pénétrer ? Même les Igigi, ces dieux infernaux, n'osent pas s'y aventurer, car c'est pour semer la terreur que les dieux l'ont créé afin de protéger les cèdres.

Ayant entendu les avis des sages, Gilgamesh jeta un regard moqueur à Enkidu :

-Alors, mon ami, diras-tu, toi aussi : Humbaba me fait peur, je ne veux pas y aller ?

Voyant qu'ils ne parviendraient pas à le convaincre de renoncer à son expédition, les Anciens lui prodiguèrent leurs conseils :

- Ne te fie pas à tes forces, Gilgamesh, ajuste bien ton regard afin que tes coups portent. Vous serez deux, celui qui marchera le premier peut sauver son compagnon, celui qui connaît l'itinéraire est une protection pour son ami. Enkidu devra marcher en tête car il connaît le chemin de la forêt de Cèdres. Habitué au combat, maître en matière de lutte, il te protégera, quitte à se jeter le premier dans les chausse-trapes. Devant l'assemblée, Enkidu, nous te confions solennellement notre roi. Tu devras nous le ramener sain et sauf.

Gilgamesh prit Enkidu par la main et l'emmena faire ses adieux à Ninsuna, la grande reine, sa mère.

- Allons, ami, lui dit-il, rendons-nous au sublime palais de Ninsuna. Elle, si sage, intelligente et sachant tout, saura nous indiquer l'itinéraire le plus prudent pour notre expédition.

Il lui dit :

- Ninsuna, je me sens assez fort pour franchir la longue route qui mène à Humbaba et pour l'affronter dans un combat incertain. Je crois pouvoir me lancer dans cette aventure hasardeuse et revenir de la forêt de Cèdres ayant immolé Humbaba le Féroce et éliminé cet être funeste de la Terre. D'ailleurs, Samash, le dieu du Soleil, le déteste et m'encourage à agir ainsi.

Ninsuna se retira en ses appartements, se purifia pour pouvoir s'adresser à un dieu supérieur. Elle enfila une robe qui soulignait ses formes, s'orna d'un collier mettant en valeur sa poitrine, posa sur la tête son diadème et, ainsi parée, elle s'élança sur la terrasse du palais. Là, devant Samash, elle disposa un brûle-parfum et lui présenta une offrande. Puis, les mains levées vers lui, elle s'écria :

- Pourquoi, m'ayant attribué Gilgamesh pour fils, lui as-tu assigné une âme aussi infatigable ? Voilà que maintenant tu l'incites à franchir la longue route qui mène à Humbaba, cet être funeste que tu hais. Mais toi, tandis que tu convoleras avec Aya, ta jeune épouse, accepteras-tu de protéger la vie de mon propre fils, de la confier aux gardes de la nuit, aux étoiles du soir ?

Puis, ayant éteint l'encensoir, elle s'adressa à Enkidu pour lui faire part de ses volontés :

- Puissant Enkidu, tu n'es pas sorti de mon sein, mais à présent je t'adopte solennellement. Au nom des filles de dieux qui entourent Gilgamesh, des prêtresses, des consacrées et des hiérodules, je t'adjure de ramener Gilgamesh, mon fils. Sache que c'est pour cette mission que je t'adopte.

Enkidu répondit :

- Je m'engage à protéger mon ami et à le sauvegarder. Ce roi que vous me confiez, je le ramènerai, que le voyage dure un mois ou qu'il dure une année, pour le remettre entre vos mains.

Gilgamesh s'adressa à Samash :

Ô mon dieu, si je reviens à Uruk, le coeur joyeux, je te bâtirai un palais et je te ferai asseoir sur un trône.

On leur apporta leurs armes. Tandis qu'ils partaient par la grand-rue, la foule les encourageait par ses louanges :

-Puisse Samash te conduire au triomphe et réaliser tes vœux. Qu'il t'ouvre les voies fermées, te rende aisé le chemin et la montagne praticable. Que tes songes nocturnes soient autant d'heureux présages. Que Lugalbanda, ton père légendaire, t'aide à triompher. Obtiens au plus tôt la victoire. Comme tu en as le désir, trempe tes pieds dans le fleuve de Humbaba. À chacun de tes bivouacs, creuse un puits, pour qu'il y ait toujours de l'eau pure dans tes outres, de quoi faire à Samash des libations d'eau fraîche, et, chaque fois, tu auras une pensée pour Lugalbanda. Pars, Gilgamesh ! Que Samash ton dieu protecteur t'accompagne et te conduise au triomphe !

Ils partirent pour cette longue marche. Au bout de deux cents kilomètres, ils mangèrent. Puis, après trois cents autres, ils bivouaquèrent. Ils avaient ainsi parcouru cinq cents kilomètres en un jour. Habituellement, ce trajet prend un mois et demi. Ils atteignirent le mont Liban en trois jours. Alors, se prosternant devant Samash, ils creusèrent un puits. Gilgamesh monta au sommet de la montagne et versa de la farine à brûler pour le dieu Soleil en disant :

- Montagne, fais venir en moi un songe qui soit une promesse de bonheur.

Enkidu exécuta alors un rituel magique pour Gilgamesh, il lui aménagea un abri pour la nuit tandis qu'une tempête passait, puis il le fit se coucher et l'enferma dans un cercle enchanté. Comme se courbe l'orge des champs lorsque le Soleil disparaît, Gilgamesh, ayant appuyé son menton sur ses genoux, sentit le sommeil qui se déverse sur les hommes tomber sur lui. À minuit, il se réveilla brusquement, se leva et raconta à son ami le songe qu'il venait de faire : 


- Nous étions dans les ravins d'une gorge montagneuse. Brusquement, la montagne, dans une terrible avalanche, s'est écroulée sur nous. Nous nous sommes alors envolés, pareils à des mouches de roseaux.

Enkidu interpréta le songe :

- Mon ami, ce rêve est excellent ! La montagne que tu as vue signifie que nous nous emparerons de Humbaba, que nous l'immolerons et que nous jetterons son cadavre dans la plaine. Demain, Samash nous apprendra une bonne nouvelle.

Ils reprirent leur marche. Après deux cents kilomètres, ils s'arrêtèrent pour manger, puis s'endormirent. Gilgamesh, réveillé en sursaut, raconta son deuxième rêve :

- Au cœur du sommeil que concèdent les dieux, j'ai vu un songe étrange, fascinant et troublant, à la fois effrayant et bouleversant. Je luttais, corps à corps, avec un buffle sauvage. En mugissant, de ses sabots il fendait le sol, soulevant un nuage de poussière qui obscurcissait le Ciel. Je cédais devant lui, pliant le genou, lorsque quelqu'un me prit la main. Me saisissant par le bras, il dégagea mon corps écrasé par le buffle. Brusquement, je vis un autre homme dégainer sa dague et poser la lame sur ma tempe puis sur ma joue. Ensuite, il me fit boire l'eau de son outre.

Enkidu interpréta le rêve :

- Pour le premier, il s'agit de l'être surnaturel, du dieu vers lequel nous nous rendons. Ce buffle n'est pas du tout un présage hostile, il n'est autre que le Samash-Protecteur, le dieu Soleil-Resplendissant. Dans les épreuves, en plein danger, il nous prendra la main. Le second, celui qui t'a fait boire l'eau de son outre, c'est ton dieu paternel, ton divin patron, Lugalbanda, qui prend soin de toi et, de sa dague, honore ta personne. Si nous agissons sous leur protection, Gilgamesh, nous accomplirons ensemble quelque chose d'unique, une prouesse inouïe, jamais réalisée en ce monde.

La nuit suivante, Gilgamesh fut une troisième fois brusquement tiré de son sommeil :

- Enkidu ! Tu ne m'as pas appelé ? Pourquoi suis-je éveillé ? Tu ne m'as pas touché ? Pourquoi suis-je troublé ? Un dieu est-il passé, ou était-ce un fantôme ? Pourquoi ma chair frissonne-t-elle ? Mon ami, je viens d'avoir un troisième songe tout à fait bouleversant. Les cieux tonnaient, la terre grondait. Puis la tempête a fait place à un silence de mort. Le jour faiblissait, puis les ténèbres descendirent, enfin l'obscurité survint. Un éclair de foudre déclencha un incendie. Sur les flammes se mit à pleuvoir de la mort. Puis le brasier s'effondra sur lui-même et fut réduit en cendres.

Gilgamesh raconta ensuite un quatrième songe :

- J'ai vu en rêve un colosse, son visage avait l'aspect du gypse, sa taille était immense, les touffes de sa barbe drues comme des orges. À peine avions-nous pénétré dans la forêt que la bataille avec lui se déclencha, tandis que tu regardais, fasciné, l'éclat surnaturel d'un être très vieux.

Enkidu lui expliqua :

- Ce Humbaba que ton âme redoute tant, tu te mesureras longuement à lui, et tu l'abattras comme un taureau. De toute ta vigueur, tu lui couperas la tête. Quant au vieillard qui t'est apparu, c'est peut-être Wer, ton dieu, celui qui déclenche les ouragans ou bien ton géniteur : Lugalbanda.

Mais Gilgamesh poursuivit :

- J'ai vu un autre songe encore plus terrible que les précédents. Je regardais Anzu dans le Ciel, l'aigle colossal à tête de lion qui incarne les forces du Chaos. Il avait dérobé la tablette des Destins, celle qui gouverne le sort des dieux et des hommes. Sur elle étaient inscrits les caractéristiques et le devenir de chaque être. L'aigle s'est alors enfui dans la montagne, provoquant l'immobilité et le silence de tout l'univers. Ninurta, le dieu de la Guerre, après un premier assaut infructueux, réussit à le priver de la parole puis, lui ayant ôté le pouvoir de changer les destinées grâce aux conseils d'Enki-Ea, le dieu de la Magie, il parvint à le terrasser et à le mettre à mort. Anzu s'élança pour planer au-dessus de nous comme un nuage menaçant. Son aspect était monstrueux, sa bouche était du feu, son haleine, la mort. Un gaillard passa devant mes yeux et mes mains réussirent à empoigner ses ailes.

Enkidu interpréta :

- C'est moi que tu as vu dans ton rêve car je te soutiendrai contre lui. Quant au gaillard, il n'est autre que Samash le Tout-Puissant.

Après trois jours, ils atteignirent la montagne de Cèdres. Devant Samash, les larmes de Gilgamesh coulaient.

- La promesse que tu as faite à Ninsuna, ma mère, rappelle-t'en : Assiste-moi ! Exauce-moi !

Samash entendit ces paroles, et lui qui voit tout s'aperçut que Humbaba ne s'était pas encore préparé.

Depuis le Ciel, il fit entendre sa voix à Gilgamesh pour le prévenir :

- Talonne-le rapidement, fais-le maintenant, qu'il n'ait pas le temps de descendre dans la forêt. Empêche-le de regagner son repaire, de pénétrer dans les fourrés pour s'y cacher. Il n'a pas encore revêtu ses sept manteaux enchantés, ses sept cuirasses, il n'en porte qu'une et s'est débarrassé des six autres.

Alors ils foncèrent comme des buffles furieux. Mais le gardien de la forêt vociféra. Ce premier cri les emplit de terreur. Puis il hurla de plus belle. Enkidu retrouvait ses anciennes frayeurs. Gilgamesh tentait de le rassurer :

- Descendons ! C'est un terrain glissant, on ne peut pas y marcher seul. Mais à deux, c'est possible. Deux lionceaux sont plus forts qu'un seul lion. On ne peut rompre une cordelette à trois nœuds.

Enkidu fut à nouveau envahi par le désarroi :

- Quand bien même je parviendrais à descendre, à m'introduire dans la forêt pour ouvrir le chemin, mes bras, mes membres resteront paralysés.

Gilgamesh répondit :

- Pourquoi nous laisser aller à tant de faiblesse ? Nous avons franchi tous les obstacles, le terme du voyage est proche. Toi, Enkidu, mon ami, expert au combat, familier des batailles, frotte-toi le corps de plantes magiques et tu ne craindras plus la mort. Fais retentir ta voix comme un tambour, rugis à pleine voix, fais-la mugir comme une tornade. Éloigne la paralysie de tes bras, la faiblesse de tes genoux. Donne-moi la main, ami, marchons ensemble. Que ton cœur brûle à l'idée du combat ! Méprise la mort, ne pense qu'à la vie ! Celui qui veille sur quelqu'un doit être à toute épreuve ! Qui marche devant l'autre le préserve et sauvegarde son compagnon. Jusqu'à nos plus lointains descendants, nous aurons acquis la gloire.

Ils arrivèrent à la lisière de la forêt et restèrent là, immobiles et muets. Ils contemplèrent alors la hauteur des cèdres et examinèrent longuement comment entrer dans la forêt. Un sentier avait été creusé par les allées et venues de Humbaba. Le chemin était frayé, la marche était facile, une route toute droite au bout de laquelle on apercevait, au loin, la montagne de Cèdres, résidence des dieux. Sur le versant de la montagne, les cèdres déploient leur luxuriance, leur ombrage délicieux, empli de parfums suaves. Les buissons s'y entrelacent d'essences précieuses dégageant des substances aromatiques.

La forêt est entourée d'un premier fossé, large de dix kilomètres, puis d'un second de sept kilomètres. Ils les franchirent et entrèrent dans la forêt. Ils avançaient au milieu des arbres, attentifs au moindre bruit, lorsque tout à coup ils se retrouvèrent face à Humbaba. Le monstre ne cria pas, mais il les menaça de la malédiction d'Enlil qui avait interdit aux hommes d'y pénétrer. Gilgamesh fut impressionné, mais Enkidu lui rappela ses propres paroles, et l'exhorta au courage. Humbaba lui dit :

- Des fous et des inconscients t'auraient-ils conseillé, Gilgamesh, de venir m'affronter ? Et toi, Enkidu, qui n'es qu'un enfant trouvé, semblable aux œufs des poissons, qui n'as jamais connu ton père et, pas plus que les tortues, n'as jamais tété ta mère. En ton jeune âge, je t'observais, mais je me suis bien gardé de te fréquenter. À présent, si je te tuais, j'en aurais l'âme bien épanouie. Car c'est toi qui as conduit Gilgamesh jusqu'ici. Ne vois-tu pas que ce Gilgamesh est un étranger furieux, un ennemi ! J'aurais dû depuis longtemps lui déchirer la gorge et le donner en pâture aux serpentaires, aux aigles et aux vautours !

Gilgamesh dit alors à Enkidu qu'il n'était plus très sûr de reconnaître Humbaba, qu'il semblait avoir changé de visage.

- Pourquoi donc, mon ami, lui répondit Enkidu, chuchotes-tu ainsi, la main devant la bouche et la tête basse, en te cachant ? À présent, il n'y a plus qu'une issue : quand le vin est tiré il faut le boire. Si tu veux faire un carnage et frapper de grands coups, il n'est plus temps d'hésiter, trop tard pour quitter ces lieux, trop tard pour s'en retourner.

Gilgamesh reprit courage. Affrontant Humbaba, il le frappa à la tête. Ils piétinaient le sol, le martelaient de leurs talons, disloquant par leurs saccades l'Hermon et le Liban, au point qu'ils finirent par créer cette crevasse profonde que l'on appelle « la grande fosse syrienne ». La nuée claire devint sombre ; comme un brouillard, la mort les enveloppait.

Samash fit lever de grandes tempêtes contre Humbaba et le fit assaillir par les treize vents : du nord, du sud, de l'est, de l'ouest, souffleur, rafales, tourbillons, mauvais, poussière, mortifère, gel, tempête et tornade.

À portée des armes de Gilgamesh, Humbaba ne pouvait plus ni reculer, ni avancer. Son visage s'assombrit. Il tenait à la vie, il essaya de l'amadouer :

- Tu as été enfant, tu as été mis au monde par ta mère et tu descends de Lugalbanda. Si tu t'es élevé au-dessus des hommes, c'est grâce à Samash, roi de cette montagne. Souverain Gilgamesh, rejeton du cœur d'Uruk, je serai à tes ordres et je te livrerai autant d'arbres que tu m'en commanderas. Je réserverai pour toi les myrtes, et tous les bois destinés à embellir les édifices de ta ville...

Mais Enkidu le mit en garde :

- N'écoute pas ses discours, ne réponds pas à ses prières.

Voyant qu'Enkidu était le pire de ses ennemis, Humbaba lui dit :

- Tu es au courant du projet de Gilgamesh et de son dessein concernant ma forêt, et tu sais comment lui parler pour l'infléchir. J'aurais pu t'égorger, Enkidu, tu le sais, et à présent il est en ton pouvoir de me sauver. Persuade Gilgamesh de me laisser la vie.

Mais Enkidu n'en démordait pas :

- Achève-le, égorge-le, écrase-le avant qu'Enlil n'entende son appel et que les grands dieux ne soient furieux contre nous de nous en prendre à celui qu'ils ont établi ici. Gilgamesh, accomplis ta gloire éternelle, celle d'avoir vaincu Humbaba ! Mon ami, si tu attrapes un oiseau, où vont ses petits ? Débarrassons-nous d'abord de Humbaba, après nous nous occuperons de ses fulgurances. Comme des oisillons, elles se seront égaillées dans l'herbe. Frappe-le en premier et après tu pourras abattre ses défenses.

Humbaba se sentit perdu et il lança une malédiction sur ses deux adversaires :

- Qu'ils ne connaissent jamais la vieillesse, ni l'un ni l'autre ! Qu'Enkidu, comme son ami, ne trouve jamais de salut !

Voyant que Gilgamesh ne bougeait pas, Enkidu se décida :

- J'ai beau te parler, mon ami, tu ne m'écoutes pas, c'est donc moi qui vais expédier Humbaba.
Enkidu dégaina à cinq reprises, tandis que Humbaba bondissait pour lui échapper. Il finit par le tuer à coups de pique. Aussitôt d'épaisses ténèbres s'abattirent sur la montagne.

Ayant ainsi frappé le scélérat, ils purent abattre les sept fulgurances et les démembrer. Gilgamesh prit sur lui, pour s'enfoncer dans la forêt, une charge de deux cent trente kilos, un filet de trente kilos et une épée de deux cents kilos. Les deux amis se mirent à abattre librement les cèdres ; Enkidu repérait les troncs les plus intéressants et Gilgamesh les abattait.

Nous venons, dit Enkidu, d'abattre un cèdre extraordinairement élevé dont la cime perçait le Ciel. Fais-en faire un vantail de porte pour le temple d'Enlil, de trente-six mètres de haut et douze de large, dont les trois pivots soient de six mètres chacun. Nous le ferons flotter sur l'Euphrate jusqu'à Nippur qui sera en liesse.

Ils agencèrent un radeau et descendirent le fleuve. Gilgamesh portait à bout de bras, comme un trophée, la tête de Humbaba.


 
           Revenu à Uruk, Gilgamesh lava sa crinière, se mit un bandeau propre, secoua sa chevelure dans le dos. Il quitta ses habits sales pour en revêtir de propres, s'enveloppa d'une large tunique qu'il ceignit d'une écharpe. Quand il eut coiffé sa couronne, Ishtar fut éblouie et séduite par sa beauté.

- Viens, Gilgamesh. Sois à moi. Offre-moi ta volupté, tu seras mon mari et je serai ta femme. Je ferai atteler pour toi un char d'or et de lazulite, avec des roues en or pur, aux rênes d'ambre, attelé de coursiers fringants. Tu entreras dans notre palais aux senteurs de cèdre. Les prêtres purificateurs d'Aratta, la ville où abondent les richesses les plus précieuses et les plus hauts dignitaires du clergé, te baiseront les pieds. Les rois, les seigneurs et les princes se prosterneront devant toi, t'apportant en tribut les produits des montagnes et de nos terres. Tes chèvres ne mettront bas que des triplés et tes brebis que des agneaux jumeaux, tes ânons dépasseront à la charge les mulets adultes, tes chevaux de char triompheront à la course et tes bœufs, sous le joug, n'auront pas leur pareil.

Gilgamesh lui répondit sans ambages :

- Combien devrai-je te payer ? Que devrai-je te donner si je t'épouse ? Te faudra-t-il parfums et garde-robes ? Devrai-je te nourrir de chair divine, t'offrant provisions et victuailles, te désaltérer de breuvages royaux ? Si j'avais le malheur d'accepter, le démon me ligoterait dans ses liens magiques pour les siècles des siècles. Non, je ne te veux pas pour épouse car tu n'es qu'un brasier que le froid éteint, une porte branlante qui n'arrête ni les courants d'air ni les vents, une forteresse qui s'écroule sur ses plus braves défenseurs, un éléphant qui jette à bas son harnachement, une souris qui ronge sa tanière, un morceau de bitume qui souille qui le touche, une outre qui se vide sur celui qui la porte, une fondation qui fait s'écrouler le mur qu'elle porte, un bélier qui ne détruit que les remparts alliés, un soulier qui blesse le pied du marcheur. Y a-t-il un seul de tes amants que tu aurais vraiment aimé, un seul de tes favoris qui aurait échappé à tes pièges ? Viens que je te récite le triste sort de tes amoureux. Tammuz, l'amant de ta jeunesse, auquel est vouée une déploration annuelle depuis que tu l'as expédié à ta place aux Enfers. Allallu, l'oiseau bigarré, lui aussi tu l'as aimé. Puis, subitement, tu l'as frappé, lui brisant les ailes, et le voilà, errant dans les bois, piaillant : « Mes ailes ! » Le Lion à la vigueur incomparable, tu l'as aimé. Jusqu'au moment où tu creusas des pièges, lui tendant embûches sur embûches. Tu aimas aussi le Cheval, dressé pour le combat, mais tu l'as voué au fouet, à l'éperon et à la bride. Tu l'as condamné à des courses sans fin, à ne boire que l'eau qu'il a lui-même souillée, endeuillant sa mère Silili, la vouant aux lamentations éternelles. Tu as aussi aimé le Berger, ce gentil pâtre qui te préparait des galettes cuites sous la cendre et qui, chaque jour, immolait pour toi des chevreaux. Tu as fini par le frapper et le changer en loup. Si bien que, désormais, son propre troupeau le pourchasse et que ses chiens lui mordent l'arrière-train. Tu as aussi aimé Isullanu, le jardinier de ton père, qui t'offrait sans cesse des corbeilles de dattes et qui, chaque jour, faisait resplendir ta table par des menus plantureux. Tu avais levé les yeux sur lui et tu étais allée le provoquer :

« Mon petit Isullanu, viens, jouissons de ta vigueur, avance ta tête pour m'embrasser entre les cuisses. » Et lorsqu'il t'a répondu : « Que me demandes-tu là ? Ma mère n'aurait-elle pas déjà cuisiné et n'ai-je pas déjà mangé ? Tu ne m'offres à goûter que pain de honte et de malédiction, et l'hiver, contre le froid, que des joncs comme couverture ? », tu l'as frappé et changé en crapaud. Cloué au centre de son jardin, il ne monte plus son limon ni ne descend le seau. Et moi aussi, si tu m'aimes, tu me traiteras comme eux.

Ayant entendu tout cela, Ishtar, furibonde, grimpa jusqu'au Ciel et alla sangloter chez son père, Anu, et laissa couler ses larmes devant Antu, sa mère.

- Mon père, Gilgamesh m'a couverte d'opprobres, m'a jeté au visage la liste de mes outrages et m'a reproché l'ignominie de mes imprécations.

Anu rétorqua à la princesse :

- Eh, ne serait-ce pas toi qui l'aurais provoqué pour qu'il te parle ainsi ?

Ishtar lui répondit :

- Mon père, de grâce, venge-moi. Crée, pour ta fille, le Taureau-Céleste. Que je tue Gilgamesh et mette le feu à sa demeure ! Si tu refuses de me donner le Taureau-Céleste, je briserai la serrure de ton palais, puis, descendant vers les régions infernales, j'en ferai remonter les morts pour qu'ils dévorent les vivants, et il y aura plus de morts que de vivants.

Anu lui dit alors :

- Si tu obtiens de moi le Taureau, le pays d'Uruk connaîtra sept années de famine. Tu ferais donc mieux d'abord d'amonceler du grain et de faire pousser la verdure.

- Mon père, je t'ai obéi, j'ai préparé les sept années de famine en amoncelant du grain et en faisant abonder la verdure.

Anu créa donc le Taureau. Il forma toutes ses parties en une seule fois, et remit sa longe à la princesse. Elle la saisit pour faire descendre le Taureau-Céleste sur la Terre. Lorsqu'ils arrivèrent dans Uruk, son souffle augmenta, il alla au bord de l'Euphrate et, en seulement sept lampées, il l'assécha. Au premier ébrouement du Taureau s'ouvrit une crevasse. Cent, deux cents, trois cents guerriers d'Uruk y tombèrent. À sa deuxième ruade s'ouvrit une autre crevasse où cent, deux cents, trois cents habitants d'Uruk furent précipités. Au troisième mouvement du Taureau, une nouvelle crevasse s'ouvrit tout près d'Enkidu qui y tomba jusqu'à la ceinture, mais en sortit d'un bond et parvint à saisir le Taureau par les cornes. L'animal lui cracha sa bave au visage et de sa queue épaisse projeta sur lui ses excréments.

- Gilgamesh, mon ami, dit Enkidu, nous nous sommes glorieusement sortis de la forêt de Cèdres, mais comment faire face à ce nouveau péril, comment répondrons-nous aux Anciens d'Uruk ?

- J'ai observé les bêtes du désert, dit Gilgamesh, nos forces suffiront à tuer le Taureau. Je veux extraire son cœur pour l'offrir au dieu Soleil.

- Je vais le harceler, poursuivit Enkidu, je le saisirai par l'épaisseur de la queue, j'arracherai ses poils de mes deux mains pendant que toi tu te placeras devant lui et, entre le garrot et les cornes, tu le frapperas de ton poignard.

Il s'exécuta. Alors Gilgamesh, en homme de métier, courageux et habile, plongea son coutelas entre son cou, ses cornes et sa nuque. Une fois le Taureau abattu, ils lui arrachèrent le cœur qu'ils déposèrent devant Samash. Puis ils se reculèrent pour se prosterner devant le dieu Soleil, ensuite ils s'assirent côte à côte, comme des frères.

Ishtar monta alors sur les remparts d'Uruk, ayant revêtu sa tenue de deuil ; elle lança vers le Ciel une longue plainte, et déclara :

- En tuant le Taureau-Céleste, Gilgamesh m'a humiliée.

Enkidu, l'ayant entendue, arracha une patte du Taureau, puis la lui jeta au visage en disant :

- Si seulement je t'avais attrapée toi aussi, je t'en aurais fait autant et j'aurais accroché ses boyaux à ton bras.

Ishtar rassembla alors les hiérodules, les prostituées, les filles de joie et les courtisanes et leur demanda de célébrer avec elle une déploration devant la patte du Taureau.

Gilgamesh convoqua les maîtres forgerons au grand complet. Ils furent impressionnés par l'épaisseur des cornes. Leur masse faisait trente kilos de lazulite et leur placage d'or un kilo. À elles deux, leur contenance était de mille huit cents litres d'huile. Les ayant introduites dans le temple du chef de sa famille, Gilgamesh les y suspendit et en fit offrande pour les onguents de Lugalbanda, son père et dieu protecteur.

Gilgamesh et Enkidu s'en furent ensuite laver leurs mains dans l'Euphrate et défilèrent en char par les rues de la ville, sous le regard des habitants rassemblés pour célébrer leur triomphe.

Gilgamesh se pavanait devant les femmes qui servaient au palais :

- Qui est le plus beau des gaillards ? C'est Gilgamesh ! Qui est le plus glorieux des mâles ? C'est Enkidu ! Furieux contre Ishtar, nous lui avons jeté la patte du Taureau et elle n'a pas trouvé dans la ville une seule personne pour la consoler.

Gilgamesh organisa de grandes réjouissances en son palais. Mais, tandis que tous les gaillards étaient rentrés dormir dans leurs lits, Enkidu, lui aussi endormi, eut un songe, qu'à son réveil il raconta à son ami en ces termes :

- Écoute le rêve que j'ai fait cette nuit. Anu, Enlil, Ea et Samash le Céleste tenaient conseil, et Anu dit à Enlil : « Ils ont tué le Taureau-Céleste et Humbaba. Pour avoir commis ce double crime, celui qui a dépouillé la montagne de Cèdres devra mourir. »
Mais Enlil répondit :
« C'est Enkidu qui doit mourir, pas Gilgamesh. »
Alors Samash le Céleste répondit à Enlil le Preux :
« N'est-ce pas sur mes ordres qu'ils ont tué le Taureau Céleste et Humbaba ? Enkidu est innocent. Devra-t-il donc mourir ? »
Mais Enlil, en colère, se tourna vers Samash le Céleste :
« Tu parles ainsi parce que tu n'as cessé de les rejoindre chaque jour, comme l'aurait fait un de leurs camarades. »
Je gisais devant toi, poursuivit Enkidu, malade, et je vis que tes larmes ruisselaient. Je te dis :
« Mon frère, mon frère chéri, on veut m'enlever à mon frère. Je vais donc devoir m'installer chez les morts, passer le seuil du trépas, et ne plus jamais voir de mes yeux ce frère que j'aime ! »
« Viens mon ami, m'as-tu répondu, allons à Nippur. » À l'entrée du temple d'Enlil, la porte que j'avais faite pour le dieu m'apparut. Levant les yeux vers elle, je me mis à parler à cette porte comme à un être humain :
« Porte, issue de la futaie, tu n'as pas de mémoire, il n'y a pas de conscience en toi. J'ai arpenté deux cents kilomètres à la recherche du bois dont tu es faite, jusqu'à ce que j'aie trouvé le plus élevé des cèdres, ce bois sans pareil, haut de trente-six mètres et large de douze, sur un demi-mètre d'épaisseur, avec tes pivots : central, inférieur et supérieur, de chacun six mètres. Je t'ai fabriquée, puis transportée ici, à Nippur, au temple d'Enlil. Si j'avais su, Porte, la récompense et le bienfait que tu me réservais, j'aurais brandi ma cognée pour te mettre en pièces, et c'est de tes débris que j'aurais chargé le radeau ! Puisses-tu ne pas subsister autant que tu le désires ! Qu'un roi à venir te maudisse, qu'un dieu t'anéantisse, qu'un autre efface mon nom gravé sur toi pour y mettre le sien ! » Puis, arrachant mes vêtements, je les jetai à terre.

Gilgamesh, en pleurs, lui dit :

- Esprit vaste et lucide, mon ami, toi pourtant si raisonnable, tu as parlé inconsidérément ! Pourquoi ton cœur a-t-il prononcé des propos aussi aberrants ? Même si ta crainte est grande et fait bourdonner tes lèvres comme des mouches, ce rêve est excellent ! Même si l'on peut comprendre que tu ressentes de nombreux sujets d'appréhension, ce rêve est parfait ! Réfléchis ! C'est aux gens bien portants que les dieux inspirent l'angoisse, qui stimule leurs défenses. C'est donc un être en pleine santé qui a fait ce rêve angoissé. Je vais aller trouver ton dieu protecteur et, me tournant vers lui, j'implorerai Enlil, le père des grands dieux. Pour qu'il te prenne en pitié, je lui prodiguerai de l'or, faisant de toi une image votive qui portera mes prières pour toi. N'aie plus de soucis mon ami, cet or fera des merveilles, car Enlil ne revient jamais sur les ordres qu'il donne, il ne revient jamais sur ses décisions, il n'annule jamais rien, c'est d'ailleurs ainsi que leur destin s'impose à tous les hommes.

Quand parurent les premières lueurs de l'aube, Enkidu, levant la tête vers le dieu Soleil, se mit à pleurer devant lui. Ses larmes coulaient sous les feux de son éclat.


- Je viens à toi, Samash, car le destin m'est hostile depuis que je fus arraché à la vie innocente que je menais avec les bêtes sauvages. Ce chasseur, ce trappeur poseur de lacets, cet homme qui ne m'a pas laissé m'épanouir autant que mes anciens compagnons, fais qu'il ne réussisse pas, lui non plus, autant que ses amis. Que son profit soit amputé et son bénéfice réduit. Que s'amenuise sa part devant toi. Que le gibier n'entre pas dans ses filets et, loin de tomber dans ses pièges, qu'il s'enfuie comme un nuage !

Après avoir maudit le chasseur tout son saoul, son coeur le porta à maudire aussi la prostituée, La Joyeuse, et à travers elle toutes les courtisanes :

- Viens donc, fille de joie, que je t'assigne une destinée ! Que je trace ton interminable sort, pour les siècles des siècles ! Un destin perpétuel, à jamais, que je profère contre toi ! Une grande malédiction ! Que, sans délai, mes malédictions t'atteignent ! Jamais tu ne t'édifieras de foyer heureux ! Jamais tu ne cajoleras ton adoré ! Jamais tu n'entreras au harem des jeunes femmes ! Ton beau sein sera souillé de lie de bière ! Que l'ivrogne salisse tes atours de ses vomissements ! Que ton homme préfère de belles et jolies filles ! Qu'on te batte comme le bloc d'argile du potier ! Tu n'auras jamais droit aux véritables parfums ! Que le clair argent brillant, orgueil du monde, ne soit jamais dans ta maison ! Que ton alcôve soit à jamais une échoppe et que le plus plaisant de tes lieux de séjour soit le seuil de ta porte. Que les bords du chemin, que le quartier des potiers aux franges de la cité deviennent ta demeure. Tu logeras dans la solitude, tu hanteras l'ombre des remparts. Que les ruines soient les endroits où tu te couches, que l'ombre du mur soit l'endroit où tu te tiens, que les épines et les ronces t'écorchent les pieds. Que les ivrognes et les soiffards te giflent. Que les jeunes gens expulsés de ta taverne se disputent dans la rue et vocifèrent contre toi. Qu'aucun maçon ne bouche les fissures du toit de ta maison. Que dans les trous de ta maison se tapisse la chouette. Que chez toi jamais on ne festoie. Que personne, pour toi, n'envisage une offrande. Que tes vêtements de pourpre, symboles de richesse, soient offerts en gage votif et qu'un sous-vêtement souillé soit ton présent. Car j'étais innocent et tu m'as humilié, et tu m'as entraîné dans le péché alors que j'étais si pur.

Lorsque Samash entendit les propos d'Enkidu, aussitôt, du haut du Ciel, il l'interpella :

- Pourquoi maudis-tu la courtisane, cette fille de joie qui t'a fait goûter la nourriture des divinités, qui t'a abreuvé des boissons des rois, elle qui t'a revêtu d'un habit magnifique et t'a procuré un compagnon parfait ? Gilgamesh n'est-il pas à présent pour toi un véritable ami, un frère jumeau ? Il va te faire reposer dans un grand lit préparé avec soin, après t'avoir ménagé à sa gauche une place inamovible. Les princes du territoire, les notables viendront te baiser les pieds, il fera pleurer et se lamenter sur toi les gens d'Uruk. Pour toi, il plongera dans le deuil les plus glorieux de ses sujets. Après ta mort, il portera le deuil, laissera hirsute la peau de son corps et, revêtu de la dépouille d'un lion, il vagabondera par la steppe.

Quand Enkidu eut entendu les paroles de Samash le Preux, il réfléchit et la colère de son cœur s'apaisa, sa fureur se calma.

- Allons, dit-il, viens, fille de joie, que je t'assigne un autre destin. Que ma bouche qui t'avait maudite maintenant te bénisse. Que tes amants soient des princes et des nobles. Qu'à dix kilomètres de toi on se batte la cuisse d'impatience. Qu'à vingt kilomètres, on secoue sa chevelure d'énervement. Que l'officier, sans plus attendre, dégrafe son baudrier et t'offre de l'obsidienne, des lazulites et de l'or. Qu'il te fasse des présents, qu'il t'offre des boucles d'oreilles précieuses en or repoussé. Que tes mains soient chargées de bijoux. On verra tomber la pluie sur tes terres et tes greniers regorgeront de céréales. On t'introduira jusque dans le temple des dieux. À cause de toi l'épouse sept fois féconde sera délaissée.

Comme Enkidu dépérissait, couché seul sur son lit, il confia à son ami tout ce qui l'oppressait :

- Écoute, Gilgamesh, le songe que j'ai encore fait cette nuit. Le Ciel vociférait et la Terre lui faisait écho tandis que moi je me tenais debout entre les deux. Un être au visage sombre était là. Il était semblable au masque d'Anzu, le rapace géant, ce monstre des forces du Chaos, capable de perturber l'ordre établi par les dieux. Ses mains étaient des pattes de lion, ses ongles des serres d'aigle. Il me saisit par les cheveux, j'étais à sa merci. J'essayai alors de le frapper, mais il virevoltait comme une corde à sauter. Il me frappa et me submergea comme une trombe d'eau, il me piétina comme un buffle, il m'étreignit le corps tout entier. J'avais beau crier : « Sauve-moi, mon ami ! », tu avais si peur que tu n'intervenais pas et tu ne m'as pas secouru. Tu ne m'as pas sauvé. Il me toucha et me transforma en pigeon. Mes bras furent recouverts de plumes d'oiseau. Il me prit pour me conduire à l'obscure demeure de la déesse Irkalla, dans l'Enfer où était descendue Ishtar et d'où l'on ne revient jamais. L'aller sans retour. C'est la demeure dont les habitants sont livrés aux ténèbres, ne subsistant plus que de poussière, dont le pain est l'argile, revêtus comme des oiseaux d'un vêtement de plumes, échoués dans l'obscurité, sans plus jamais voir le jour. Et moi, introduit dans cette maison de poussière, je pus voir des couronnes rassemblées, j'entendais parler ceux qui les avaient portées et qui dominèrent le pays, ceux qui présentaient jadis à Anu et Enlil la viande grillée, leur offraient le pain cuit et les abreuvaient de boissons fraîches. Dans cette poudreuse demeure siégeaient des grands prêtres et des dignitaires, des exorcistes, chefs et officiants de haut rang, des purificateurs des grands dieux. Siégeaient également Etana et Sumuqan. Y demeuraient aussi Ereshkigal, la reine des Enfers, et, accroupi devant elle, Bêlet-Cri, son secrétaire. La reine portait une tablette qu'elle lisait continuellement à haute voix. Levant alors la tête, elle fixa son regard sur moi et s'écria : « Qui donc a conduit cet homme ici ? » Toi qui as parcouru avec moi tant de chemins difficiles, passé tant de périls, pense à moi, n'oublie pas, mon ami, tout ce que j'ai parcouru, n'oublie rien de ce que j'ai enduré.

Ayant écouté ce récit, Gilgamesh se dit que son ami avait vu un songe défavorable, irréparable. À partir de ce jour, Enkidu perdit toutes ses forces. Le premier jour, il resta étendu sur son lit, la mort était assise auprès de lui. Puis le temps s'accéléra, le dixième jour la maladie d'Enkidu empira et le douzième jour il ne bougeait plus.

Gilgamesh s'écria :

- Mon ami m'a lancé une grande malédiction ! Comme il me l'avait prédit lorsque nous étions dans Uruk, maintenant j'ai peur du combat, au point de ne pas pouvoir le sauver. Heureux celui qui tombe au combat. Comme toi, je mourrai sans gloire. Et pourtant, toi et moi, ne devions-nous pas rester inséparables ?

Quand parurent les premières lueurs de l'aube, Gilgamesh s'adressa à son ami défunt :

- Enkidu, mon ami, fils d'une gazelle et d'un âne sauvage, c'est à leur lait qu'on t'a élevé et les animaux sauvages t'ont fait découvrir leurs pâturages. Ô chemins qu'avait pris Enkidu jusqu'à la forêt de Cèdres, pleurez-le ! Jour et nuit, sans répit ! Anciens de la vaste cité d'Uruk, dont les mains nous bénissaient lorsque nous partions ensemble, pleurez-le ! Pleure, ô toi la foule qui nous suivait en nous acclamant ! Pleurez, eaux pures des régions montagneuses que nous avons tant de fois gravies. Pleurez, passes étroites des montagnes que nous avons escaladées. Lamente-toi, campagne, pousse des cris comme si tu étais sa mère ! Pleurez, cèdres et cyprès, au milieu desquels, dans notre fureur, nous avons fait un carnage. Que tous les animaux de la steppe, tigres, léopards, hyènes, cerfs, guépards, lions, buffles, ours, daims, bouquetins te pleurent. Tout comme l'Ulaï, le fleuve sacré au bord duquel nous nous pavanions. Qu'il te pleure, l'Euphrate pur, dont nous faisions couler en libations l'eau de nos outres. Pleurez, jeunes gaillards de la grande cité d'Uruk qui nous avez vus combattre et tuer le Taureau Céleste. Pleure, paysan qui exaltais son nom dans les chansons qui rythment le labeur. Qu'elles te pleurent la place de la grande cité et la première école de scribes qui a proclamé ton nom. Qu'ils te pleurent, le pasteur, le cabaretier qui te procurait la bière douce. Qu'ils te pleurent, le sage, le berger qui déposait du beurre à tes pieds, qui mettait dans ta bouche des breuvages choisis. Qu'elle te pleure, la hiérodule qui te frottait avec l'huile la plus raffinée et les onguents délicieux. Pleurez-le, convives, qui pour la noce lui aviez glissé un anneau au doigt, pour obtenir une femme selon ses sages conseils. Pleurez-le, vous ses frères, comme le feraient des sœurs ! Pleurez, prêtres lamentateurs, et dénouez vos cheveux pour lui. Dans votre steppe, pleurez Enkidu, vous ses parents. Et moi aussi je te pleure ! Écoutez-moi, Anciens de la cité. Écoutez-moi déplorer Enkidu, mon frère, éclater comme une pleureuse en amères lamentations ! Enkidu, hachette à mon côté, épée de mon fourreau, bouclier devant moi, mon vêtement de fête et la tenue de mes ébats ! Voici qu'un sort cruel, brutalement, t'a arraché à moi ! Mon ami, panthère de la steppe, avec qui j'avais escaladé la montagne, pris et tué le Taureau-Céleste, abattu Humbaba tapi dans la forêt de Cèdres. Quel sommeil, à présent, s'est emparé de toi ? Te voilà devenu noirâtre et tu ne m'entends plus.

Enkidu ne levait même plus la tête. Gilgamesh lui posa la main sur le cœur, il ne battait plus. Alors, comme on le fait pour une jeune épousée, il voile son visage. Il tournait autour de lui comme une lionne dont les petits sont pris au piège. Il allait et venait, arrachant et semant les boucles de sa chevelure. Il se dépouilla et rejeta ses beaux habits comme une abomination.

Lorsque parurent les premières lueurs de l'aube, Gilgamesh lança un appel au pays :

Forgerons, lapidaires, métallurgistes, orfèvres, ciseleurs, joailliers, faites une statue de mon ami comme personne n'en a jamais fait, que le thorax soit en lapis-lazuli et tout le reste du corps en or. Moi, ton ami, ton frère jumeau, je vais te faire reposer sur un grand lit magnifique préparé avec soin et t'allonger sur une couche agréable après t'avoir aménagé, à ma gauche, une place inamovible. Les princes du territoire viendront te baiser les pieds. Je ferai pleurer sur toi les gens d'Uruk, sur toi je les ferai se lamenter. Je plongerai dans le deuil les plus glorieux de mes sujets. Et moi-même, après ta mort, je me laisserai un aspect hirsute et, revêtu seulement d'une dépouille de lion, je vagabonderai dans la steppe.

Lorsque brilla le point du jour, Gilgamesh ôta ses vêtements et revêtit sa tenue de sacrifice, s'habilla de rouge et vit en pensée le fleuve infernal. Gilgamesh ouvrit la porte du palais, il fit porter dehors un grand plateau en bois d'if, versa du miel dans une jatte rouge de cornaline, emplit de beurre une jatte bleue de lazulite, et le tout, dûment apprêté, il le présenta à Samash.

Gilgamesh pleurait à chaudes larmes en parcourant la steppe.

- Devrais-je donc mourir moi aussi et, par la mort, devenir pareil à son cadavre ? Non, je le refuse, pas comme Enkidu. L'angoisse envahit mes entrailles. C'est la peur de la mort qui me fait courir le désert. Par crainte de la mort, j'erre dans la steppe. Je refuse un destin si funeste, je vais partir sans tarder rejoindre Ut-Napishtim, fils d'Ubar-Tutu, qui survécut au Déluge. Arrivé de nuit aux passes d'une montagne, il aperçut des lions et eut peur que la mort ne l'ait rattrapé.

Ayant relevé la tête, il se mit à invoquer Sîn, le dieu de la Lune et, adressant ses prières à l'astre de la nuit, vers la grande dame, luminaire du Ciel et de la Terre, la plus grande des déesses, il implora :

- Tirez-moi sain et sauf de ce péril !

Il se coucha pour dormir, mais un songe le réveilla en sursaut. Des bêtes à l'abreuvoir jouissaient allègrement ensemble de la vie. Il brandit la hache qu'il portait à son côté, dégaina l'épée du fourreau et, comme un javelot, aussi rapide qu'une flèche, il tomba au milieu d'elles, frappa, dispersa les lions.

Gilgamesh atteignit les monts Jumeaux, qui, chaque jour, sont les gardiens de la sortie et de l'entrée du Soleil, dont les cimes atteignent les fondations des Cieux et dont les soubassements atteignent l'Enfer. Des hommes-scorpions en gardaient l'entrée. Ils étaient si effrayants qu'à leur simple vue, c'était la mort. Leur terrible éclat surnaturel recouvrait ces montagnes, ils étaient là pour garder et protéger l'itinéraire du Soleil.

Quand Gilgamesh les aperçut, si redoutables et terrifiants, il se couvrit le visage ; mais, reprenant ses esprits et recouvrant son courage, il leur adressa un salut et s'approcha à leur rencontre.

L'homme-scorpion interpella sa femelle :

- Celui qui nous arrive, sa personne a quelque chose de surnaturel, son corps est-il fait de chair divine ?

Sa femelle lui répondit :

- En lui, deux tiers sont divins, un tiers humain.

Alors l'homme-scorpion, s'exclamant, adressa la parole au rejeton des dieux :

- Pourquoi as-tu parcouru un chemin aussi long ? Pourquoi es-tu venu nous trouver, après avoir passé des montagnes aussi infranchissables ? Je veux connaître les raisons de ton voyage.

Gilgamesh lui répondit :

- Si j'ai fait un aussi long voyage, c'est pour aller voir Ut-Napishtim, mon ancêtre, qui fut admis au grand conseil des dieux. Ils lui ont accordé l'éternité et je veux le questionner sur la mort et sur la vie.

L'homme-scorpion dit alors à Gilgamesh :

- Jamais personne, Gilgamesh, n'a pu faire ce trajet. Nul n'est encore entré dans le défilé de ces monts. Sur cent vingt kilomètres ne règnent que les ténèbres. Si profonde y est l'obscurité que tu n'y trouveras pas la moindre trace de lumière.


Mais Gilgamesh insistait :

- Poussé par le désespoir de mon cœur, la peur de la mort, l'angoisse aux entrailles, je parcours la steppe, malgré le froid glacial et la chaleur sèche, en dépit des fatigues. Je ne vais pas renoncer maintenant, j'irai jusqu'au bout.

L'homme-scorpion lui répondit :

- Eh bien pars, Gilgamesh, pénètre à l'intérieur des monts Jumeaux. Traverse les montagnes et que tes pas te conduisent jusqu'au bout, sain et sauf. La grande porte de ces monts est largement ouverte devant toi.

Lorsque Gilgamesh eut entendu cette adresse, obtempérant aux paroles de l'homme-scorpion, il prit le chemin du Soleil.

Quand il eut parcouru dix kilomètres, il entra dans une obscurité profonde. Sans la moindre lumière, il ne pouvait rien voir, ni devant ni derrière lui. Ainsi jusqu'à quatre-vingt-dix kilomètres où il sentit un vent frais et à cent dix, un rayon de lumière. À cent vingt kilomètres, il retrouva le plein jour.

Devant lui s'étendait le bosquet des dieux, région enchantée où arbres, fruits et fleurs étaient des pierres précieuses. Les fruits étaient en cornaline, les feuillages en lazulite. Les cèdres avaient une fondation d'albâtre. Il vit des palmiers avec des dattes en améthyste, le pin maritime chargé d'émeraudes. Les topazes foisonnaient comme ronces et épines. Le caroubier était garni de turquoises, d'agates et d'obsidiennes.

Gilgamesh allait et venait parmi ces merveilles. Il leva les yeux vers le dieu Sîn, et l'entendit lui dire ces mots :

- Ces deux lions que tu as tués, va, apporte-les-moi et dépose-les dans mon temple.

Ayant fait son offrande, Gilgamesh put poursuivre son chemin. Il parvint sur les rivages d'une mer au-delà de laquelle, à la dernière extrémité orientale de la Terre, vivait, éloigné de tout et de tous, Ut-Napishtim, le héros immortalisé du Déluge. Au moment où il touchait enfin au but de son voyage, il entendit le dieu Soleil lui dire :

- Gilgamesh, où vagabondes-tu ? La vie que tu poursuis, tu ne la trouveras pas.

Gilgamesh répondit à Samash :

- Après avoir effectué une si longue marche dans la steppe, avoir erré comme un vagabond, ce serait, pour moi, peu de chose que de reposer dans le sein de la Terre. Je suis si las que je voudrais y dormir pour l'éternité ! Que mes yeux voient le Soleil, je veux me saouler de lumière ! Que l'ombre s'éloigne de la lumière autant qu'il est possible ! Est-il possible qu'un mort puisse contempler la splendeur du Soleil ?

Ainsi parlait Gilgamesh tout en continuant à marcher. Il se retrouva sur la plage où était installée Siduri, la tavernière. Elle tenait une sorte d'estaminet dans lequel elle vendait aux passants de la bière, boisson nationale, qu'elle confectionnait elle-même. On lui avait aménagé un tréteau à jarres. Couverte d'un voile, elle siégeait sur un trône, et avait devant elle un pressoir en or.

Après avoir hésité, Gilgamesh s'avança vers elle, revêtu de la simple peau de bête qui recouvrait sa chair divine. L'angoisse était au fond de ses entrailles et son visage était marqué comme celui d'un homme qui vient de loin.

La tavernière le regardait s'approcher et l'examinait à distance. Après avoir mûrement réfléchi et délibéré en son cœur, elle se dit en son for intérieur :

- C'est peut-être bien là un criminel. Où donc va-t-il par ce chemin ? Serait-ce pour commettre un méfait qu'il vient droit vers la porte ?

Elle bloqua sa porte et poussa le verrou.

Mais lui, ayant prêté l'oreille, au bruit qu'elle avait fait ainsi il leva le menton et regarda dans sa direction. Puis il lui parla à travers la porte fermée :

- Qu'as-tu donc vu, tavernière, pour avoir barré ta porte et poussé ton verrou ? Je vais devoir en heurter le vantail et en démolir la fermeture !

La tavernière s'adressa à lui afin qu'il lui parle de lui, qu'il se présente et lui dise les raisons de sa présence.

- Je suis celui qui a vaincu et abattu le Taureau, géant descendu du Ciel. C'est moi qui ai mis à mort le gardien de la forêt, occis ce Humbaba qui demeurait en la forêt de Cèdres et tué les lions aux passes de la montagne.


Elle lui répondit :

- Si tu es celui qui a accompli ces exploits, pourquoi as-tu les joues amaigries, le visage aussi abattu, le cœur si triste, les traits aussi exténués ? Pourquoi, après de telles prouesses, une pareille angoisse au ventre ?

- C'est par peur de la mort que je parcours la steppe. Ce qui est arrivé à Enkidu, mon ami, m'accable. Comment me taire ? Comment garder le silence ? Enkidu, mon ami que j'aimais, est devenu comme de l'argile. Lui qui avait, avec moi, traversé tant d'épreuves, le sort commun aux hommes l'a terrassé ! Six jours et sept nuits, je l'ai pleuré et l'ai refusé à la tombe, jusqu'à ce que les vers lui soient tombés du nez. Alors, je me suis mis à craindre et redouter la mort. Comment me taire ? Mon ami que je chérissais est redevenu argile ! Et moi, ne me faudra-t-il pas, comme lui, me coucher pour ne plus me relever ? Jamais ! Jamais ! À présent, tavernière, dis-moi quelle est la route qui mène à Ut-Napishtim. Apprends-moi comment je le reconnaîtrai. Si c'est possible, je traverserai cette mer. S'il le faut, je vagabonderai encore par la steppe. Depuis les temps les plus reculés, nul n'a jamais traversé cette mer. Seul Samash le Preux la traverse ; lui excepté, qui le pourrait ?

- Où cours-tu, Gilgamesh ? La vie que tu poursuis, tu ne la trouveras pas. Quand les dieux ont créé l'humanité, c'est la mort qu'ils lui ont réservée ! L'immortalité, ils l'ont gardée pour eux. Toi, Gilgamesh, que ton ventre soit repu ! Jour et nuit, réjouis-toi ! Chaque jour, fais la fête ! Danse et amuse-toi ! Que tes vêtements soient immaculés, ta tête bien lavée, baigne-toi à grandes eaux ! Contemple l'enfant qui te tient par la main. Que ta bien-aimée se réjouisse dans tes bras ! Telle est l'occupation des hommes.

Mais Gilgamesh ne l'écoutait plus.

- Tu sais, cabaretière, quel est le chemin vers Ut-Napishtim. Quels sont les repères ? Donne-les-moi. Oh, donne-moi ses repères !

- Cette mer, hormis le Soleil, personne ne peut la traverser, et, dans l'intervalle, les eaux de la mort bloquent sa surface. Que feras-tu, une fois arrivé à l'eau mortelle ?

La cabaretière, voyant que rien ne lui ferait entendre raison, lui dit :

- Une idée me vient. Il y a, dans la forêt, occupé à couper des branches, Ur-Sanabi, le nocher d'Ut-Napishtim. Il vit en compagnie de l'être des pierres qui permettent la traversée. Va te montrer à lui ! Si c'est possible, traverse avec lui ! Sinon, rebrousse chemin !

Gilgamesh, entendant ces paroles, brandit la hache dans sa main, dégaina le poignard de sa ceinture et s'en alla furtivement retrouver Ur-Sanabi. Il lui tomba dessus comme une flèche, enflant la voix dans la forêt. Lorsque le nocher vit briller l'épée et entendit la hache cliqueter, il prit la fuite. Mais Gilgamesh lui heurta la tête et lui saisit la main. Et il brisa l'être des pierres qui procurent la sécurité du bateau, sans lesquelles on ne peut franchir les eaux de la mort, il le brisa et le jeta dans la mer immense.

Ur-Sanabi demanda à Gilgamesh qui il était et pourquoi il était dans cet état. Gilgamesh lui répondit :

- À présent, Ur-Sanabi, quelle est la route qui mène à Ut-Napishtim ?

- Tes propres mains, Gilgamesh, viennent de compromettre la traversée pour le rejoindre. Tu as mis en pièces les pierres et arraché leurs attaches.

Puis, après avoir réfléchi, il lui dit :
- Prends ta hache, va dans la forêt, et coupes-y cent vingt perches de trente mètres. Ébranche-les, garnis-les de pointes, et apporte-les-moi.

Il le fit.

Ils embarquèrent ensemble. Ayant mis leur esquif à l'eau, ils y montèrent et, en trois jours, ils parcoururent la distance d'un mois et demi. Lorsqu'ils parvinrent aux eaux mortelles :

- Écarte-toi du bord et prends la première perche, tes mains ne doivent pas toucher l'eau mortelle, prends-en une deuxième, une troisième et ainsi de suite jusqu'à la cent vingtième.
Il défit alors sa ceinture et enleva ses vêtements pour les déployer comme une voile, et, avec ses mains, il les éleva sur le mât.

De loin, Ut-Napishtim les regardait. Se parlant à lui-même, se faisant des réflexions, il prononça ces paroles en son for intérieur :

- Pourquoi ont-ils brisé les pierres protectrices du bateau ? Pourquoi l'homme qui navigue à son bord n'en est-il pas le maître ? Celui qui vient ici n'est pas un homme à moi, et j'ai beau le regarder, je ne le reconnais pas.

Gilgamesh dit à Ut-Napishtim :

- Allons, je veux aller voir celui qu'on appelle Le Lointain pour lui raconter mon parcours, ma lassitude et mon angoisse.

Ut-hIapishtim lui dit :

- Pourquoi donc, Gilgamesh, exagérer ton désespoir, pourquoi trembles-tu d'angoisse, toi qui es fait de chair divine, que les dieux ont fait comme s'ils étaient ton père et ta mère ? Alors que les dieux, en leur conseil, t'ont assigné un trône, serais-tu devenu comparable à un fou ? À un fou, on peut faire passer la lie de bière vieillie pour du beurre, ceci pour cela. Il n'a point de discernement ni de bon sens. Quand les dieux ont créé l'humanité, c'est la mort qu'ils lui ont réservée ; la vie éternelle, tu le sais bien, ils l'ont gardée pour eux. Finalement, qu'as-tu gagné à errer de la sorte, à te perturber et à te bouleverser ? Tu t'es seulement épuisé, saturant tes muscles de lassitude et ta tête d'angoisse, te rapprochant de tes derniers jours. L'être humain, quel qu'il soit, est voué à être fauché comme un roseau de cannaie. Le sort de l'humanité est d'être brisée. Faisant l'amour, le beau jeune homme, la belle jeune fille ne s'affrontent ensemble qu'à la mort. La mort, Gilgamesh, que personne n'a vue, dont nul n'a aperçu le visage ni entendu la voix. La mort cruelle qui brise les hommes ! Sauvage est la mort, cette faucheuse de l'humanité. Pour combien de temps bâtissons-nous des maisons ? Pour combien de temps scellons-nous nos engagements ? Combien de temps dure le partage entre les frères ? Même la haine, se maintient-elle ici-bas pour toujours ? Le fleuve déborde-t-il pour toujours ? Face au Soleil, tout à coup, il ne reste plus rien. Ce ne sont plus que libellules emportées par le courant. Morts ou endormis, ils ont la même bouche, ils sont semblables. Personne n'est jamais revenu avec l'image de la, mort, qui peut en décrire les traits ? Et pourtant l'homme, depuis ses origines, en est prisonnier. Une fois mort, l'homme récitera-t-il des prières ? Depuis que les grands dieux rassemblés ont chargé la déesse Mammitu de fixer avec eux les destins, ils nous ont imposé la mort, comme ils nous avaient accordé la vie, nous laissant simplement ignorer le jour, le moment fatidique.

Gilgamesh s'adressa à lui :

- A te bien regarder, je découvre que tu es pareil à moi, seulement tu n'as pas le cœur à te battre. Tu es là, couché sur le dos, à ne rien faire de tes journées. Dis-moi comment, admis à l'assemblée des dieux, tu as réussi à obtenir la vie éternelle ?

- Gilgamesh, écoute-moi bien car je vais te révéler un mystère, une chose réservée aux dieux qu'à toi seul je voudrais dire. Tu connais la ville de Suruppak au bord de l'Euphrate. Cette cité est si ancienne qu'elle a toujours été hantée par les dieux. C'est depuis cet endroit que les grands dieux eurent l'idée de provoquer le Déluge. Les instigateurs de cette décision étaient Anu, leur père, Enlil le Preux, leur conseiller, Ninurta, leur chambellan, et Enmogi, leur contremaître, en charge des Eaux. Bien qu'ayant juré devant le conseil de ne rien divulguer, le prince Ea répéta leurs propos. Il ne le fit pas à moi directement, car il avait juré le secret, mais à la paroi de roseaux qui formait le mur de ma maison et derrière laquelle il savait que j'étais assis, et que je pouvais l'entendre. Il lui murmura :

« Palissade ! O palissade ! Haie de roseaux ! Haie de roseaux ! Paroi ! Paroi ! Écoute-moi : fais attention, souviens-toi des conseils de sagesse contenus dans le Traité des Instructions de Suruppak, rappelle-toi les enseignements que reçut le fils d'Ubar-Tutu concernant le Déluge ! Démolis ta maison pour te faire un bateau ! Renonce à tes richesses ! Détourne-toi de tes biens cherche la vie sauve, renonce aux possessions, sauve les vivants. Fais monter à l'intérieur du bateau un rejeton de tout être vivant, embarque avec toi des spécimens de tous les animaux. Quant au navire que tu construiras, que ses dimensions soient équilibrées : de longueur et de largeur identiques ; pour le couvrir prends modèle sur l'Apsu, cette nappe souterraine d'eau douce recouverte, comme une toiture, par la terre. »

Lorsque j'eus compris le message, je dis au dieu Ea :

« Monseigneur, l'ordre que tu m'as donné, je m'y appliquerai et l'exécuterai. Mais que dirai-je à ma cité, au peuple, à l'armée, aux Anciens ? »

Ouvrant la bouche, le dieu Ea reprit alors la parole et me parlant cette fois directement, à moi, son serviteur, il me dit :

« Quant à toi, mon brave, voici ce que tu leur diras :

"Je crains qu'Enlil ne m'ait pris en grippe. Je ne peux donc plus habiter dans votre ville, sur son domaine, car je ne peux plus y poser le pied. Je descendrai en l'Apsu demeurer auprès de Monseigneur Ea. Alors Enlil fera pleuvoir sur vous l'abondance : oiseaux à profusion et poissons par corbeilles. Il vous accordera les moissons les plus riches. Il fera tomber du Ciel sur vous, dès l'aurore, des galettes et, au crépuscule, il déversera sur vous des pluies de froment." »

Quand parurent les premières lueurs du jour, tout le pays se rassembla autour de moi : les charpentiers avec leurs cognées, l'artisan en roseaux avec son maillet de pierre ; les ouvriers se mirent au travail, les familles tressèrent des cordages, les enfants des familles les plus riches transportèrent le bitume, les plus pauvres, divers petits matériaux. Au bout de cinq jours, j'avais monté l'armature du bateau. Trois mille six cents mètres carrés de superficie, soixante mètres de flanc, un périmètre externe carré sur soixante mètres de côté. Puis j'en aménageai l'intérieur. Je créai six plafonds pour le subdiviser en sept étages dont je décomposai le volume en neuf compartiments. Je plantai en ses flancs des chevilles à l'épreuve de l'eau, puis je le pourvus en gaffes et mis en place son armement. Je jetai dix-huit mille litres d'asphalte dans un creuset, ce qui donna autant de bitume. Le batelier en mit sept mille deux cents en réserve. Pour nourrir les artisans, je fis abattre des bœufs sacrifiés et chaque jour des moutons. Cervoise, bière fine, huile et vin, ces ouvriers en consommèrent autant qu'eau de rivière. On fit une fête comme pour le Nouvel An. Le jour levé, je fis toilette et procédai aux onctions rituelles. Le soir du septième jour, le bateau était achevé, mais comme sa mise à l'eau était fort difficile, on glissa en dessous, de haut en bas, des rondins de roulage, jusqu'à ce que ses flancs fussent immergés aux deux tiers. Le lendemain, tout ce que je possédais, tout ce que j'avais d'argent, d'or, d'animaux domestiques, je l'en chargeai. J'embarquai ma famille et ma maisonnée entière, ainsi que les animaux sauvages, gros et petits. Les artisans de tous les métiers, je les y fis monter. Samash m'avait fixé le moment fatidique :

« Quand je ferai pleuvoir à l'aurore des petits pains et au crépuscule des averses de froment, introduis-toi dans le bateau et obture les écoutilles. »

À l'heure dite, ce moment fatal arriva. J'examinai l'aspect du temps, il était effrayant ! Je montai dans le bateau et j'en obturai les écoutilles. À celui qui le ferma, Puzus Amurru, un batelier, je fis présent de mon palais avec ses richesses. Lorsque brilla le point du jour, monta de l'horizon une nuée noire dans laquelle tonnait Adad, le dieu de l'Orage. En avant-garde marchaient les chambellans divins, sillonnant les collines et le plat pays. Le dieu Nergal, maître du monde souterrain et de la mort, arracha les vannes célestes et Ninurta, le délégué des dieux sur la Terre, se mit à faire déborder les barrages, tandis que les dieux infernaux projetaient des torches et, de leurs éclats divins, embrasaient toute la Terre. Adad déploya dans le Ciel son silence-de-mort, réduisant en ténèbres tout ce qui était lumineux. Les assises de la Terre se brisèrent comme un vase. Un jour entier, le premier, l'ouragan se déchaîna et le Déluge déferla. L'anathème passa sur les hommes comme la guerre. Personne ne voyait plus personne ; du Ciel, on ne pouvait plus distinguer les multitudes parmi ces trombes d'eau. Alors, devant ce Déluge, les dieux eux-mêmes furent pris d'épouvante. Prenant la fuite, ils grimpèrent jusqu'au plus haut du Ciel, jusqu'au Ciel d'Anu, où, tels des chiots, ils demeuraient pelotonnés et accroupis au sol. Ishtar poussait des cris comme une femme qui enfante. Belitili, la déesse à la belle voix, se lamentait :

« Ce jour funeste, fallait-il que les hommes se transforment en argile, simplement parce que moi, je me suis prononcée contre eux ? Ah ! S'il n'avait jamais existé, ce jour-là ! Comment ai-je pu dire des méchancetés sur les hommes dans l'assemblée des dieux ? Comment ai-je pu décider de la sorte un pareil carnage et anéantir mes propres gens ? Je ne les aurais donc mis au monde que pour en remplir les océans, pour qu'ils remplissent la mer comme des alevins, de la poissonnaille ! »

Et les dieux de haute classe de se lamenter avec elle. Tous les dieux demeuraient prostrés, en larmes, au désespoir, leurs lèvres étaient brûlées, saisies parla fièvre et par l'angoisse. Six jours et sept nuits durant, bourrasques, pluies battantes et tornades continuèrent à saccager la Terre. Quand arriva le septième jour, l'ouragan diluvien sévissait comme la lutte à mort qu'on se livre entre combattants. Alors, ce jour-là, la mer se calma et se tut, le mauvais vent cessa. Je regardai alentour : le silence régnait. Tous les hommes étaient redevenus argile et la plaine, liquide comme un toit plat, était devenue un marais. J'ouvris une lucarne, l'air vif me cingla le visage, un chaud rayon frôla ma joue. Je tombai à genoux, immobile, et je pleurai. Mes larmes ruisselaient tandis que je regardais autour de moi les limites de la mer. Au loin émergeait une côte, une langue de terre. Le mont Nisir affleurait à la surface de l'eau ; le bateau y accosta. Le sommet de la montagne le retint, ne le laissant pas repartir. Un troisième, un quatrième jour, il le retint. Lorsque le septième jour arriva, je fis sortir une colombe et la laissai s'envoler. Elle s'en fut, puis revint ; n'ayant rien vu où se poser, elle avait fait demi-tour. Je pris une hirondelle et fis de même. Elle revint elle aussi. Je fis sortir un corbeau. Voyant les eaux s'écouler, il se mit à manger, voltigea, fienta et ne revint pas. Il avait trouvé le retrait des eaux, picoré, croassé, il s'était ébroué et ne revint plus vers le bateau. Alors, je les dispersai tous aux quatre vents et fis un banquet pour les dieux. J'allai sacrifier et répandre mon offrande au sommet de la montagne.

Je plaçai de chaque côté les sept vases rituels au creux desquels je versai du roseau parfumé, du cèdre et de la myrrhe. Les dieux humant la bonne odeur se pressèrent comme des mouches au-dessus du sacrificateur ordonnateur de leur banquet. À ce moment arriva la grande déesse. Elle brandit le collier de grandes mouches qu' Anu lui avait fait au temps de leurs amours.

« Dieux ici présents, s'exclama-t-elle, aussi vrai que jamais je n'oublierai les lazulites de ce collier, jamais, non plus, je n'oublierai ces jours funestes. Je les garderai perpétuellement dans ma mémoire. Que les dieux viennent à l'offrande, mais pas Enlil, car, imprudemment, sans réfléchir aux conséquences, il a fait le Déluge et voué mes gens à l'anéantissement. »

À ce moment, le dieu Enlil, arrivant, vit le bateau et se mit en fureur, plein de courroux contre les dieux Igigi :

« Un homme a donc eu la vie sauve alors qu'il ne devait pas rester un seul survivant au carnage ! »

Ninurta lui dit :

« Qui d'autre qu'Ea a pu en être la cause puisqu'il peut tout faire, tout entreprendre ? »

Ea prit la parole :

« Mais toi, Enlil, le plus sage des dieux, le plus vaillant, comment as-tu pu aussi inconsidérément décider du Déluge ? Fais battre sa coulpe au responsable et son péché au seul pécheur ! Ou alors, au lieu de les supprimer, pardonne-leur, ne les anéantis pas, sois clément. Plutôt que ce Déluge, il eût mieux valu des lions pour décimer les hommes, ou bien des loups, même la famine valait mieux pour affaiblir le pays. Au lieu du Déluge, la peste pouvait surgir et les gens en auraient fait l'expérience, même l'épidémie eût mieux valu pour frapper les hommes. Moi, je n'ai pas dévoilé le secret des grands dieux. À Atra-Hassi, j'ai fait un songe, c'est ainsi qu'il a entendu le secret des dieux. À présent, décidez de son sort ! »

Alors Enlil monta sur le bateau, me prit la main et me fit monter avec lui. Il fit aussi venir ma femme et la fit s'agenouiller près de moi. Il nous toucha le front et, debout entre nous, nous bénit en ces termes :

« Jusqu'ici, Ut-Napishtim n'était qu'un être humain, désormais, lui et sa femme seront semblables à nous, les dieux. »

Mais à présent, Gilgamesh, qui réunira les dieux pour toi afin que comme moi tu obtiennes la vie éternelle ? Essaie seulement de ne pas dormir six jours et sept nuits d'affilée.


Mais Gilgamesh était à peine accroupi pour s'asseoir qu'il sombra dans un sommeil profond. Ut-Napishtim dit alors à son épouse :

- Regarde-moi ce jeune homme qui prétend à la vie éternelle, le sommeil l'a soudain enveloppé comme un brouillard.

Elle dit à son mari :

- Secoue-le donc, qu'il se réveille et que, par le chemin qu'il a suivi, il s'en retourne en paix par la porte qu'il a franchie, qu'il s'en retourne en son pays !

Ut-Napishtim dit à son épouse :

- Les hommes sont méchants, celui-ci sera méchant envers toi. Les hommes sont trompeurs, celui-ci voudra te duper ! Prépare-lui donc sa ration quotidienne de pain que tu déposeras à sa portée et tu inscriras sur la cloison le nombre de jours qu'il dormira.

Elle lui prépara sa ration de pain, la déposa à sa portée et marqua sur la cloison les jours qu'il passait à dormir. La première portion se durcit, la deuxième moisit, la troisième resta humide, la quatrième eut sa croûte blanchie, la cinquième se piqueta, la sixième rassit, la septième était juste à point lorsque Ut-Napishtim secoua Gilgamesh qui se réveilla en disant :

- À peine le sommeil s'est-il répandu sur moi que tu m'as secoué et remis sur pied.

Mais Ut-Napishtim lui répondit :

- Eh bien, compte tes rations journalières, et je te ferai savoir combien de jours tu as dormi.

Il compta les rations et découvrit qu'il y en avait sept.

- Que faire alors ? dit Gilgamesh, vers quoi me tournerai-je maintenant ? Le ravisseur est donc maître de moi. La mort s'est installée dans ma chambre à coucher ! Où que me portent mes pas, partout m'attend la mort !

Ut-Napishtim s'adressa alors à Ur-Sanabi le batelier :

- Ur-Sanabi, cet embarcadère ne peut plus te sentir, cette passe marine te déteste ! Toi qui ne cessais d'aller et venir entre ces rives, renonces-y ! Cet homme que tu as conduit ici, dont le beau corps disparaît sous une hideuse peau de bête, prends-le, Ur-Sanabi, et amène-le au lavoir. Il lavera à grandes eaux ses poils pour qu'ils deviennent blancs comme neige. Il jettera sa peau de bête à la mer et imprégnera son corps d'onguents. Il se mettra un turban neuf sur la tête et se revêtira d'une tenue d'apparat. Il mettra des vêtements dignes de lui ! Avant de rebrousser chemin pour s'en retourner dans sa ville, sa tenue devra rester intacte et neuve !

Ur-Sanabi l'emmena au bain et fit ce qui était prescrit. Puis Gilgamesh et Ur-Sanabi mirent le bateau à l'eau et embarquèrent.

Sa femme s'adressa à Ut-Napishtim :

- Gilgamesh est venu jusqu'ici à grand-peine et grande fatigue, ne lui accorderas-tu pas quand même quelque chose au moment où il rentre au pays ?

À ces mots Gilgamesh manœuvra sa gaffe et rapprocha le bateau du rivage. Ut-Napishtim lui dit :

- Gilgamesh, tu es venu jusqu'ici à grand-peine et grande fatigue, que vais-je t'accorder au moment où tu rentres au pays ? Eh bien, je vais te révéler un mystère et te communiquer un secret des dieux : il s'agit d'une plante à la racine semblable à celle du faux jasmin, ses épines, comme celles de la rose, te piqueront la main. Mais si tes mains savent s'emparer de cette plante, tu auras trouvé la vie éternelle.

Ayant écouté ces paroles, Gilgamesh ouvrit une voie d'eau et laissa choir son équipement. S'étant lesté de lourdes pierres, il fut entraîné au fond de l'abîme. Là, il trouva la plante, s'en empara malgré les piqûres, puis, ayant libéré ses pieds des lourdes pierres, la mer le rejeta sur le rivage d'où il venait.

Gilgamesh s'adressa à Ur-Sanabi :

- Regarde, cette plante est un remède contre l'angoisse de la mort. Par elle, l'homme obtient pour lui la guérison et recouvre la vitalité. Je l'emporte avec moi à Uruk où, pour en tester l'efficacité, je la ferai manger par un vieillard. Si son surnom devient le-vieillard-qui-rajeunit, je pourrai à mon tour en manger pour retrouver ma jeunesse.

Après deux cents kilomètres, ils en mangèrent un morceau. Puis, après trois cents autres, ils bivouaquèrent. Gilgamesh aperçut une fontaine à l'eau fraîche. Il y descendit pour se baigner. C'est alors qu'un serpent flaira l'odeur de la plante. Il sortit furtivement de son terrier et, en un instant, s'empara de la plante magique, puis, s'en retournant, sur-le-champ il rejeta ses écailles et retrouva l'aspect de sa jeunesse.


Dès lors, Gilgamesh s'assit et pleura, les larmes ruisselaient sur ses joues et, tenant la main d'Ur-Sanabi, il lui dit :

- Pour qui mes bras se sont-ils épuisés ? Pour qui le sang de mon cœur a-t-il coulé ? Je ne me suis pas fait de bien. J'en ai fait au serpent, ce lion du sol. Maintenant la masse d'eau est trop profonde pour que j'y retourne. Les pierres que j'avais extraites en creusant la fosse, je les ai laissées couler. Et de toute façon comment retrouverais-je les indices du site qui m'avaient été donnés ? J'ai laissé la barque au rivage et maintenant, j'en suis trop loin !

Gilgamesh abandonna. Il comprit que sa quête était vaine et qu'il devait renoncer. Sur le chemin du retour à Uruk, les dieux lui envoyèrent un songe qui lui livrait les clefs pour comprendre son sort d'être mortel. Voici le rêve que fit Gilgamesh de retour vers Uruk :

Au commencement, les Cieux furent séparés de la Terre et la Terre fut détachée des Cieux. Anu prit le Ciel et Enlil prit la Terre, mais il la donna en cadeau de mariage à Ereshkigal qui régnait sur le pays des morts. En ce temps-là, il y avait un grand chêne planté au bord de l'Euphrate. Le vent du sud arrachait ses racines, cassait ses branches et l'Euphrate le frappait de ses eaux. Une femme qui respectait les ordres des grands dieux prit l'arbre de ses mains et le transporta jusqu'à Uruk. Là, elle le planta dans le jardin secret de la déesse Ishtar. La déesse, impatiente, s'interrogea :

« Combien de temps devrai-je attendre que cet arbre ait suffisamment grandi pour qu'on puisse y tailler un siège sacré afin de m'y asseoir, un lit sacré pour m'y étendre ? » Cinq ans, dix ans passèrent. L'arbre avait grandi. Dans ses racines, un serpent, insensible à la tentation, s'était fait un nid. Dans ses branches, Anzu, l'aigle de la Tempête, avait installé ses petits. Au centre, Lilith, la mère des démons et des diables, avait élu domicile. Voyant cela, Ishtar, qui d'habitude rit toujours, le cœur joyeux, se mit à pleurer. Elle adressa ses plaintes au dieu du Soleil, mais ce fut en vain car il n'était pas d'accord avec elle. Elle se tourna alors vers Gilgamesh et pleura de la même façon. Il décida de la soutenir dans cette affaire. Il prit la hache qu'il portait dans son ceinturon et frappa le serpent à la racine de l'arbre. L'oiseau-tempête, effrayé, emmena ses petits vers la montagne et Lilith, la démone, quitta sa demeure et partit chercher refuge dans le désert. Gilgamesh arracha les racines et coupa les branches. Il demanda à ses compagnons d'en faire un trône et un lit pour Ishtar. Pour lui, dans la base de l'arbre il tailla une boule à son effigie et avec les branches il fabriqua un maillet, et il les emmena sur la grand-place d'Uruk. Les jeunes gens de la ville se mirent à jouer avec sa boule. Gilgamesh décida d'inventer un jeu où l'on tapait la boule avec le maillet en chevauchant une personne. Il choisit pour monture les enfants sans défense des veuves de la ville. Le soir venu, il traça une marque là où sa boule était arrivée, et il l'emmena avec lui dans sa maison. Le lendemain, il replaça la boule sur la marque pour reprendre le jeu. Mais les veuves arrivèrent pour lui reprocher son comportement avec leurs enfants. À ce moment-là, sa boule et son maillet lui échappèrent. Ils tombèrent dans le pays des morts. Gilgarnesh ne parvint pas à les récupérer et dut s'arrêter dans l'antichambre du pays des morts. Il se mit à pleurer, à crier qu'il n'avait pas eu le temps de prendre suffisamment de plaisir, qu'il n'avait pas assez joui. Il se lamentait : « Ma boule est tombée dans le pays des morts, qui me la rapportera ? » C'est alors qu'Enkidu apparut et lui dit :

-Mon roi, comme tu pleures ! Pourquoi torturer ainsi ton cœur ? Ta boule et ton maillet, j'irai, pour toi, les chercher dans le pays des morts.

Gilgamesh lui répondit :

-Mon ami, si tu descends pour moi dans le pays des morts, suis attentivement mes conseils : ne mets pas de linge propre, on te prendrait pour un intrus ; évite l'huile parfumée, tu serais vite encerclé ; ne lance pas ton javelot, ceux qu'il frapperait se vengeraient; ne prends pas de bâton, les fantômes s'agiteraient autour de toi ; ne mets pas de sandales car tu ferais du bruit au pays des morts ; n'embrasse pas la femme que tu aimes, ni ne frappe celle que tu détestes, de même pour tes fils, sinon les cris adressés au dieu Soleil te saisiraient.


Enkidu ne suivit aucun de ces conseils et fit le contraire de ce qui lui avait été prescrit. Quand il voulut remonter du pays des morts, personne ne put le saisir, ni le vizir des Enfers, Namtar, qui pourtant coupe les destins, ni Asakku, le démon de la Maladie mortelle, ni même Nergal, le dieu de l'Enfer, tapis dans l'ombre. Non, Enkidu n'est pas tombé sur un champ de bataille, c'est le pays des morts qui l'a saisi.

Alors Gilgamesh implora Enlil, si puissant. Mais Enlil ne le soutint pas. Enlil ne prit pas la parole. Il implora la Lune. Mais Sîn ne le soutint pas non plus ni ne prit la parole. Alors il se tourna vers Ea, espérant en sa sagesse. Ea intercéda auprès du dieu Soleil :

- Ô Soleil, vous qui avez ouvert l'accès au pays des morts, puissiez-vous laisser le spectre d'Enkidu en sortir et remonter pour rejoindre son frère Gilgamesh afin qu'il lui dise quelles sont les règles du pays des morts.

Le Soleil, dans un souffle, fit remonter le spectre d'Enkidu. Les deux amis s'étreignirent et s'embrassèrent. Puis ils se parlèrent sans relâche, à en perdre la tête.



- Dis-moi, mon ami, dis-moi, as-tu vu le règlement du pays des morts ? Dis-moi le règlement que tu as vu.

Gilgamesh parlait avec anxiété. Enkidu lui répondit :

- Si je te le disais, mon ami, si je te le disais, tu t'assiérais en pleurant, je m'assiérais en pleurant. Mon corps qui faisait la joie de ton cœur, mon corps, jamais plus il ne viendra devant toi, la vermine l'a dévoré comme un vieux vêtement, il n'est plus que poussière.

Gilgamesh cria et il s'assit dans la poussière, continuant inlassablement à poser ses questions :

- Celui qui a un fils, tu l'as vu ?
- Il crie et pleure amèrement près du clou d'argile planté dans le mur.
- Celui qui a deux fils, tu l'as vu ?
- Il est assis sur deux briques et mange du pain.
- Et celui qui a trois fils ?
- Il boit l'eau tirée de l'outre dans le désert.
- Celui qui a quatre fils ?
- Il est comme l'homme qui attelle quatre ânes et se réjouit.
- Et cinq fils ?
- Comme un bon scribe, sa main est agile, il a ses entrées au palais.
- Six ?
- Comme un homme vigoureux, son cœur se réjouit.
- Et celui qui a sept fils, tu l'as vu ?
- Assis sur un siège, il assiste les dieux en leur tribunal.
- Et celui qui n'a pas d'héritier, que fait-il ?
- Comme un homme battu, il mange du pain.
- Et le courtisan du palais, tu l'as vu ?
- Il est assis dans un recoin de la maison.
- Et la femme stérile ?
- Elle est à terre et ne réjouit aucun homme.
- Et le jeune puceau, que fait-il ?
- Tu lui offres une corde à nœuds pour égrener le temps, il pleure sur la corde.
- La jeune pucelle ?
- Tu lui offres une couche de roseaux pour oublier le passé, elle pleure sur la couche.
- Et celui qui fut dévoré par un lion ?
- « Ma main! Mon pied! » hurle-t-il amèrement.
- Et celui qui est tombé du toit, tu l'as vu, que fait-il ?
- Ses os ne sont pas reconnaissables.
- Et le lépreux ?
- Il loge hors de la ville, mange de l'herbe qu'il arrache, boit de l'eau qui suinte.
- Celui qui a été emporté par une inondation ?
- Il se secoue comme un bœuf dévoré par la vermine.
- As-tu vu celui qui est mort au combat ?
- Ses parents soutiennent sa tête et sa femme pleure.
- Et celui qui gît dans la steppe ?
- Son esprit est sans repos sur la Terre.
- Celui dont personne ne prend soin ?
- Il mange les restes que l'on jette à la rue.
- As-tu vu au pays des morts celui qui fut frappé par un piquet d'amarrage ?
- « Hélas ! » crie-t-il à sa mère tandis qu'on arrache le piquet.
- As-tu vu celui qui a été enlevé dans la fleur de l'âge par une mort soudaine, que fait-il ?
- Il repose sur le lit des dieux et il boit de l'eau pure.
- Et ceux qui, mort-nés, n'ont pas connu la vie ?
- Ils jouent près du miel et du beurre posés sur une table d'or et d'argent.
- Celui qui a été brûlé par le feu ?
- Son esprit n'existe plus sur la Terre car il est aux Enfers.
- Enkidu, toi qui reviens du pays des morts, peux-tu me dire les règles ? Que devient celui qui a manqué de respect pour la parole de son père et de sa mère ?
- Il boit une eau mesurée, il n'en a pas assez, ce qui est terrible pour les défunts.
- Et celui qui a été maudit par son père et sa mère ?
- Il est privé d'héritier et son esprit vagabonde.
- Et qu'arrive-t-il à celui qui a fait un faux serment ?
- Pour tout rite funéraire on ne lui donne que de l'eau terreuse, et c'est ce qu'il boit.
- Et ceux qui furent vaincus, tombés visage contre terre ?
- Ils boivent l'eau trouble de ce lieu de carnage.
- Et mon père et ma mère ?
- Je les ai vus, ils boivent l'eau de ce lieu de carnage, de l'eau trouble.

Gilgamesh se réveilla, personne n'était là pour interpréter son rêve. Il comprit qu'il avait échoué et que la mort serait le lot de l'humanité à jamais. Il comprit que la part humaine en lui l'avait emporté et qu'il ne lui restait plus qu'à rentrer à Uruk et à se résigner à son sort.

Gilgamesh revient à Uruk, il dépose sa hache et sa cotte de mailles, il retire son sceptre. Dans son palais, on organise des festivités. Le peuple se réjouit. Alors, le septième jour, Gilgamesh sort de son alcôve, tête haute, et se rend vers le lieu du rite funèbre. Là, se tournant vers le dieu Soleil, il accomplit l'acte rituel funèbre tandis que le peuple répand des larmes.

- Mon père et ma mère, je vous verse l'eau à boire.


Alors du peuple monta une rumeur :

- Vaillant Gilgamesh, fils de Ninsuna, il est bon, désormais, de faire ton éloge, nous te célébrerons pour les siècles
 
Autre TRADUCTION de L'AVESTA
par DARMESTETER de la collection des "sacred books of the  east" 
(helàs en anglais)
voir : ici

LE DENKARD
(helàs en anglais)
voir :
 ici


Lien vers des cours du 
COLLEGE DE FRANCE sur LE MAZDEISME ET LE LIVRE DE ZARATHOUSTRA 
(zoroastre) du professeur Jean Kellens : 
 ici et ici

 

la première partie du Tome 1 relate le voyage entrepris par Anquetil : ici  

                                  Autre version de :
                          L'AVESTA       
     

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LE ZEND AVESTA, 

    Signifie "Parole vivante"         

  C'est le livre sacré de la religion de Zoroastre, le livre religieux du Mazdéisme

 L'AVESTA est composé de 5 livres :

       - LE VENDIDAD SADE : Base de la Loi

       - L'IZESCHNE               :  Recueil de prières 

       - LE VISPERED             :  Enumère les êtres principaux.

       - LE YESCHTE SADES :  Recueil de fragments

       - LE SIROZ                   :  Recueil de prières aux génies

 

   
IMPRESSIONS ET COMMENTAIRES :
          
          
  Quelle tristesse, ils leurs faisaient croire, que les maladies, que tous les malheurs du monde venaient des "dews" : démons = diables, ils avaient mêmes trouvés un chefs incontesté pour tous ces démons "Haryman": Le chef des démons.

           Et ils faisaient croire aux "fidèles" qu'en étant bien obéissants, c'est a dire "purs", ils exorcisaient les démons. Le qualificatif de "pur" se rapportaient à tous les actes religieux obligatoires que le "croyant" devaient effécuter, ainsi en effectuant toutes les sempiternelles prières, .... etc... il se purifiait, en étant obéissant au roi, en sacrifiant etc... etc... 
           
          Mais l'obéissance tant clamée et réclamée s'obtenait effectivement en dehors de cet énorme conditionnement mental, par des sanctions, comme on en trouve dans la bible c'est a dire etre condamné a être "retranché du peuple", brulé vif, lapidé à mort, condamné a être empoisonné (avec l'eau bénite du temple. conf "la bible"), ou "herem" mot hebreu qui veut dire anatème = dévoué par interdit. 

          Le "fidèle" tel qu'il est représenté avec sa tenue d'esclave, etait réduit a cet esclavage, par des forces supèrieures, c'est a dire l'autorité du roi, l'armée, la police qui etait bien sur très religieuses elles aussi (mais légèrement mieux rémunérées elles).

           Bien si toutes ces  sanctions, ne sont pas bien montrées, c'etait le lot incontournable de ces époques antiques, ou les hommes, les fidèles étaient maintenus en Esclavage par les rois et les rois etaient des grands prêtres, en égypte, en Perse en Grece, a Rome, en Israël , Judée etc...
          
         La tenue du parsis, est la tenue de l'esclave, on voit dans les livres d'Anquetil, le soin qu'il faut prendre pour le Kosti (la ceinture du fidèle parsis), les noeuds, les prières etc.. les nombreuses répétitives prières, de toutes les heures, les esclaves et les sacrifices qu'ils etaient obligées de fournir aux autorités religieuses, vaux, vaches, moutons, qui etaient toutes leurs richesses ce que "ormusd" (Dieu)  demandaient soi disant pour que le "fidèle" soit "pur".

          C'etait un conditionnement de toutes les heures, ces prières nombreuses, le chapelet fait parti de l'atirail du Chretien et du musulman, mais c'est la même chose, ça sert à conditionner, a faire des prières en demandant sa rédemption, à prier et à prier encore, se lamenter, etc...pour oublier ou pour justifier sa condition d'esclaves, c'est Dieu qui le veut.  pour plaire à Ormusd, au roi, a qui j'appartient corps et âmes... toutes ces prières pour l'accomplissement du sacrifice, c'est à dire qui plait a Ormusd, qui plait au roi, qui plait a Dieu (il paraît que les sacrifices pouvaient aller jusqu'aux sacrifices humains... )

          Ho,
oui comme ça devait lui plaire les sacrifices à Dieu ? *  


          Aussi le croyant moderne, lit tout ça et ce qui apparait : c'est que : On soumettait on mattait pour obtenir la soumission, pour rendre l'obéissance" intuitive", c'etait le désir disent-ils de "Ormusd". de Dieu, Mais il n'y avait pas seulement les sempiternelles prières, il y avait aussi, le travail, le travail que le fidèle devait fournir, qui était un travail très contraignant puisqu'ils etaient des esclaves.


          Alors on se dit, "est-ce que Dieu, le juge juste et droit pouvait vouloir ça ? 

          C'etait simplement la loi du plus fort encore une fois, la loi, de la soumission et de la domination.

          Les humains ne pouvaient être que conditionnés et même ce conditionnement forcé pouvaient les inciter à se rebeller fortement  contre cette "pseudo-religion", Mais fallait-il encore qu'ils puissent encore faire entendre leur voix, se rebeller ?  
          C'est pourquoi tout au long de l'histoire de ces religions antiques, on ne parle que de rebellion de la part des "fidèles".

          Mais que dire ? A part que ces dirigeants religieux rois et autres étaient simplement "monstrueux".

          Ils avaient remplacés Dieu, par une autorité "humaine" puissante et extrèmement violente : la tyrannie.

          Que leur rêgne s'établissaient tout au long au travers de ces religions, en sapant le moral des humains, les   conditionnant de la manière la plus abjecte, et que ces conditionnements religieux sont encore présents dans nos religions (chretiennes, musulmanes et judaiques, puisque la religion de Zoroastre est une des bases du judaisme)et nos sociétés d'Aujourd'hui.


Quelques exemples : trouvés dans ce livre de piété ou d'obéissance :

extrait du Tome 1, partie 2


p 115 :            "Je vous livre mon corps, O Hom pur et principe de pureté"

p 116      " Je suis avec celui qui est obéissant, je ne suis pas avec celui qui est désobéissant"


p 126 :                   " Je ne m'inquiète ni de mon corps, ni de mon âme, (je les sacrifie à la loi) "


           Ca ressemble terriblement à ça : "Si vous avez un problême, prenez votre chapelet priez et vous verrez tous vos problêmes vons se dissoudre".

*(Vous a t-on raconté l'histoire du Dieu humain qui se sacrifiait de son propre chef ? en fin de page d'accueil et ben oui les sacrifices lui plaisaient tellement qu'il a fini par y prendre part personnellement les sacrifices d'agneau de moutons de chevre de veau, de boeuf, de moineaux, de pigeons, de chevreaux, que ça à du lui plaire !!! du sang frais).



 

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